Bienheureux César de Bus (1544-1607)

16 novembre 2019

Introduction

César de Bus est originaire de Cavaillon, il est notre compatriote. Il est toujours marquant de penser que nous pouvons parcourir les mêmes chemins qu’il a emprunté, et voir la nature qu’il a lui-même vue, ce « grand livre ouvert », selon ses paroles même, où l’on peut contempler l’oeuvre de Dieu.

Il voit le jour et reçoit la grâce du baptême le 3 février 1544, à la cathédrale de Cavaillon. C’est une période difficile et troublée, pour le monde et l’Eglise catholique. En effet, les difficultés, les relâchements, les crises qui touchent la société ont aussi des conséquences dans la vie de l’Eglise.

C’est dans ce contexte que Martin Luther (né en 1483), réagissant à de réels abus qu’il avait pu constater dans la vie de l’Eglise, et en particulier de certains prêtres, évêques ou moines, exprime son opposition avec force et avec excès. Il conteste et remet en cause le pape et la hiérarchie, les indulgences, le célibat des prêtres, les vœux monastiques, le culte des saints, le sacrifice de la messe. Il est excommunié en 1520. En 1545, le pape Paul III conscient avec toute l’Eglise qu’il y a des abus à réformer, une ferveur à raviver, une foi à nourrir, ouvre le Concile.

César de Bus s’inscrira dans ce grand mouvement de Réforme Catholique commencée avant le Concile de Trente, et poursuivie ensuite (S. Gaétan, s. Philippe Néri, ste Angèle Mérici, s. Ignace de Loyola...), suscitant de nombreux témoins de sainteté et de fondateurs d’ordres et congrégations religieuses attachés à enraciner et faire rayonner cette réforme.

Enfance et jeunesse

La vie du bienheureux César de Bus est comme un arbre qui étend ses branches, fleurit et porte du fruit. Tout cela trouve son origine, sa source dans sa jeunesse, comme une semence.

Très tôt, César de Bus montre une grande piété. Tout jeune, il prépare dans sa chambre un petit autel, un lieu de recueillement qui lui permet de prier. Cette piété n’est pas seulement une fantaisie d’enfant, elle porte des fruits. Dans son contact avec les autres, son amabilité est reconnue, et plus encore, il fait montre d’une très grande charité, en particulier à l’égard des plus pauvres.

A 14 ans, il est envoyé à Avignon, au collège pour étudier. Non seulement il est un très bon élève, aux qualités de mémoire prodigieuses, mais en outre il est un camarade reconnu et apprécié.

Il revient à Cavaillon, où sa prédilection pour les plus pauvres se manifeste par son engagement dans la confrérie des Pénitents Noirs de la ville. Ces confrèries ont pour but d’une part de soutenir, nourrir et encourager la vie chrétienne de ses membres, mais aussi de les consacrer à des œuvres de miséricorde. Il est élu par ses confrères comme responsable de cette confrérie.

« Il vous faut accomplir toute action, en particulier les plus ordinaires et quotidiennes, avec plus de perfection aujourd’hui qu’hier, et demain plus qu’aujourd’hui, c’est-à-dire prier, célébrer ou écouter la sainte messe, prendre ses repas, dans les loisirs, en examinant sa conscience le soir, et faire toute autre action avec toujours plus de perfection... Donc, soyez souvent attentifs à vos inclinations, passions, habitudes et actions pour corriger de jour en jour tout ce qui est mauvais en vous, et progresser en tout ce qui est bon... La connaissance de soi, après celle de Dieu, est la première de toutes celles que doit avoir un chrétien, et en particulier un homme spirituel et pieux »

(cf. Testament de César de Bus, Enseignement XXVII)

Le soldat

Avec son entrée dans l’âge adulte, la vie de César de Bus est marqué par des engagements radicaux pour la défense de son pays et de sa foi. Le pays est menacé par les Protestants. Au-delà des questions religieuses, il y aussi des enjeux politiques propres à fragiliser le pays.

A deux reprises, César de Bus va s’engager dans les milices catholiques, non seulement pour défendre sa foi, mais aussi son pays, parce qu’ils sont liés. A 18 ans, d’abord, il partira pour la Normandie et reviendra victorieux de la bataille de Dreux. A 22 ans, à nouveau, face aux menaces des protestants, il part pour Bordeaux.

Avant de partir, en bon chrétien, il se confie au Seigneur Jésus et à sa Sainte-Mère. Malgré les conditions difficiles, autant qu’il le pouvait, il assistait à la messe chaque jour et cherchait le secours de la grâce dans les sacrements. Son engagement n’affecte pas sa fidèlité.

Après 1563, il rentre à Cavaillon, durement éprouvée par les guerres de religion : la cathédrale ayant été incendiée en 1562, le couvent des dominicains pillés et bien des sépultures profanées. Son cœur blessé s’adonne aux belles-lettres. Il aimait à composer des poèsies, pièces de théâtre, tragédies et drames qui étaient appréciés. Il s’adonnait aussi à la peinture. Toutes ces qualités, il les mettra plus tard, au service de son apostolat.

Lors de son deuxième engagement, il est atteint d’une maladie très grave et doit revenir à Cavaillon pour une longue convalescence. Les affaiblissements de son corps affectèrent aussi son âme, et s’il remercia Dieu de sa guérison, la fin de sa maladie marqua le début d’une période d’égarement spirituel.

« Venez à la Doctrine chrétienne qui traite des articles de notre foi, des Commandements de Dieu, de l’oraison dominicale (le Notre Père) et des sacrements. Les articles du symbole (le credo ou profession de foi) qui traitent des bénéfices, des promesses et des menaces de Dieu, gagneront votre volonté ; les Commandements vous apprendront ce que vous devez faire ; et enfin l’Oraison vous apportera la force pour faire ce que vous devez, et les Sacrements vous en donneront la grâce »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.2)

A la Cour, à Paris

A l’invitation de son frère Alexandre, il se rend à Paris en compagnie du marquis des Taillades. A la Cour, « il fit l’admiration de tous, à cause de la noblesse de son sang, de sa vaste culture, de la finesse de ses traits, de sa personnalité avenante et de la grâce de son comportement » (Le vénérable César de Bus, P. Giloteaux, Paris, 1961, p. 27).

Il fut séduit par l’admiration même qu’il suscita, et soucieux de correspondre à celle-ci, il s’éloigna des sacrements, de sa vie de piété, de la source même qui faisait sa valeur. Toutefois, César de Bus prit conscience du danger qu’il courrait pour sa foi, pour son intégrité. C’est alors que courageusement il décida de quitter Paris pour rentrer à Cavaillon, malgré l’insistance de son frère Alexandre.

Retour à Cavaillon

A son retour, il retrouva des visages familiers, cependant son séjour à Paris l’avait marqué et même changé, voire blessé ou fragilisé. Ceux qui admiraient sa piété furent surpris du changement de son attitude, quant à ceux qui auparavant estimaient cette piété excessive se réjouirent de ces changements qui justifiaient finalement leur propre tiédeur.

César, se sentant un peu à l’étroit à Cavaillon, décida de rejoindre Avignon où il put continuer une vie légère, au milieu de la bonne société de l’époque, s’adonnant aux plaisirs frivoles : jeux, théâtre, soirées dansantes...

Cette vie insouciante dut s’interrompre, rappelé à Cavaillon où son père, dans ses 80 ans, atteint d’une grave maladie, avait besoin de la présence et de l’aide de son fils. Jean-Baptiste de Bus, consul de la ville, s’éteignit le 23 mars 1573.

« Car être chrétien, et non pas bon chrétien, c’est être comme un Lucifer entre les Anges, et comme un Judas entre les Apôtres ; c’est être comme une pièce de fausse monnaie ; c’est être un arbre, mais sec ; c’est enfin être un serment, mais coupé et retranché de la vigne, qui ne peut servir qu’au feu »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.5)

Antoinette et Louis

Avec la mort de son père, César fut aussi troublé par celle de son frère Charles, chanoine de la collégiale de Salon. Dans son trouble, il rencontra deux personnes qui ont joué un rôle déterminant : Antoinette Reveillarde, une modeste veuve, et Louis Guyot, sacristain de la cathédrale.

Antoinette Reveillarde étant veuve et sans enfant, s’adonnait à la prière, à la pénitence, et passait son temps dans les églises. Ce n’était pas un moyen pour elle de s’enfermer sur ses malheurs, au contraire, elle était connue et respectée pour sa piété, ses conseils judicieux étaient appréciés. Elle parlait volontiers de la Passion de Notre Seigneur et de la miséricorde, et aussi bien ses propos que sa façon d’en parler, touchaient les cœurs.

Louis Guyot était tailleur de pierre et assumait la charge de sacristain de la cathédrale. Il était animé d’une grande dévotion envers la Sainte Eucharistie. Vivant modestement, il n’en était pas moins généreux envers les pauvres, et avait à cœur de prier pour les pécheurs. Il jouissait de l’estime de tous.

Ces deux âmes de choix unirent leurs forces pour arracher César de Bus aux pièges du monde. Antoinette, qui était familière des Bus, s’adressa un jour à César : « Monseigneur, vous trouvez de grandes satisfactions dans le monde, mais si vous goûtiez aux consolations que Dieu accorde à ses fidèles serviteurs, vous échangeriez bientôt les plaisirs d’ici-bas contre les joies divines ». César semblait demeurer sourd à ses exhortations.

Elle ne perdait pas courage, et persévéra. Elle incita César à lui lire une vie de saint. Malgré ses refus, elle lui dit « Monseigneur ! Vous êtes toujours très courtois eet très aimable envers les autres. Il n’ya a qu’avec moi que vous vous montrez désobligeant. Je vous en prie, prenez ce livre et pour ma seule consolation, lisez en sept lignes, en l’honneur des sept douleurs de Notre-Dame, ou même cinq en l’honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, ou si cela vous paraît trop, seulement trois en l’honneur des trois Personnes de la Sainte-Trinité ».

Elle fit appel à la prière de Louis Guyot, pour soutenir son apostolat. Un jour, elle lui dit : « Attention, Monseigneur, on ne badine pas ainsi avec Dieu. Il vous appelle et vous ne l’écoutez pas ! Il continue à vous attirer et vous continuez à le fuir. Prenez gade qu’Il ne se fatigue et qu’à la fin ».

A force de persévérance, Antoinette et Louis obtinrent que le cœur de César commença à laisser tomber ses résistances.

« Quant à la présence de Dieu, appélée à bon droit par les hommes pieux, destructrice des vices, forces des vertus et avant-goût de la béatitude, vous chercherez à la posseder toujours, en tout lieu, en toute situation, en toute affaire »

(Testament, 1° partie, enseigenment LIV)

Le cœur touché par la grâce

Malgré les demandes instantes d’Antoinette Reveillarde, César ne semblait pas être sensibles à ses pleurs. Toutefois, par égard et respect pour elle, qui lui avait dit « Recommandez au moins votre âme à Dieu, avant de vous éloigner », César s’apprétait à le faire sincèrement. Tant et si bien qu’en disposant son cœur à la prière, il fut touché par la grâce et en un instant, en un éclair, il prit conscience de son état, de son péché, de son aveuglement. Aussitôt, au lieu de sortir se divertir, comme il l’avait prévu, il passa la nuit en prière.

Il est possible qu’il évoqua cet épisode plus tard dans sa Leçon treizième, précisant que le Seigneur se présenta lui-même en personne à un « jeune homme... qui s’en allait la nuit pour mal faire », en portant sa croix sur les épaules et disant à ce dernier « Tu vas me crucifier une autre fois ».

Il s’ouvrit avec joie de ce retournement et de cette grâce à Antoinette Reveillarde, la remerciant pour ce qu’elle avait fait pour lui. Celle-ci encouragea César à rencontrer Louis Guyot et à se confier à ses conseils. César aurait bien sûr été tenté de se précipiter dans une pénitence spectaculaire, toutefois Louis Guyot l’exhorta à vivre une conversion et une pénitence intérieure. En quelques mots, César de Bus formule sa résolution :

« Je renonce à ma vie passée, je réprouve mon aveuglement, j’embrasse volontiers la croix, j’adore sa nudité, ses souffrances, ses ignominies. Je veux pâtir le reste de mes jours et effacer par mes pénitences, tous mes péchés. J’ai abusé des grâces de Dieu et je ne veux pas être ingrat envers sa miséricorde disposée à me pardonner. Je passera par la porte étroite et je gravirai les sentiers abrupts qui mèneent au salut ! »


A suive...