Bienheureux César de Bus (1544-1607)

18 janvier 2020

Introduction

César de Bus est originaire de Cavaillon, il est notre compatriote. Il est toujours marquant de penser que nous pouvons parcourir les mêmes chemins qu’il a emprunté, et voir la nature qu’il a lui-même vue, ce « grand livre ouvert », selon ses paroles même, où l’on peut contempler l’oeuvre de Dieu.

Il voit le jour et reçoit la grâce du baptême le 3 février 1544, à la cathédrale de Cavaillon. C’est une période difficile et troublée, pour le monde et l’Eglise catholique. En effet, les difficultés, les relâchements, les crises qui touchent la société ont aussi des conséquences dans la vie de l’Eglise.

C’est dans ce contexte que Martin Luther (né en 1483), réagissant à de réels abus qu’il avait pu constater dans la vie de l’Eglise, et en particulier de certains prêtres, évêques ou moines, exprime son opposition avec force et avec excès. Il conteste et remet en cause le pape et la hiérarchie, les indulgences, le célibat des prêtres, les vœux monastiques, le culte des saints, le sacrifice de la messe. Il est excommunié en 1520. En 1545, le pape Paul III conscient avec toute l’Eglise qu’il y a des abus à réformer, une ferveur à raviver, une foi à nourrir, ouvre le Concile.

César de Bus s’inscrira dans ce grand mouvement de Réforme Catholique commencée avant le Concile de Trente, et poursuivie ensuite (S. Gaétan, s. Philippe Néri, ste Angèle Mérici, s. Ignace de Loyola...), suscitant de nombreux témoins de sainteté et de fondateurs d’ordres et congrégations religieuses attachés à enraciner et faire rayonner cette réforme.

Enfance et jeunesse

La vie du bienheureux César de Bus est comme un arbre qui étend ses branches, fleurit et porte du fruit. Tout cela trouve son origine, sa source dans sa jeunesse, comme une semence.

Très tôt, César de Bus montre une grande piété. Tout jeune, il prépare dans sa chambre un petit autel, un lieu de recueillement qui lui permet de prier. Cette piété n’est pas seulement une fantaisie d’enfant, elle porte des fruits. Dans son contact avec les autres, son amabilité est reconnue, et plus encore, il fait montre d’une très grande charité, en particulier à l’égard des plus pauvres.

A 14 ans, il est envoyé à Avignon, au collège pour étudier. Non seulement il est un très bon élève, aux qualités de mémoire prodigieuses, mais en outre il est un camarade reconnu et apprécié.

Il revient à Cavaillon, où sa prédilection pour les plus pauvres se manifeste par son engagement dans la confrérie des Pénitents Noirs de la ville. Ces confrèries ont pour but d’une part de soutenir, nourrir et encourager la vie chrétienne de ses membres, mais aussi de les consacrer à des œuvres de miséricorde. Il est élu par ses confrères comme responsable de cette confrérie.

« Il vous faut accomplir toute action, en particulier les plus ordinaires et quotidiennes, avec plus de perfection aujourd’hui qu’hier, et demain plus qu’aujourd’hui, c’est-à-dire prier, célébrer ou écouter la sainte messe, prendre ses repas, dans les loisirs, en examinant sa conscience le soir, et faire toute autre action avec toujours plus de perfection... Donc, soyez souvent attentifs à vos inclinations, passions, habitudes et actions pour corriger de jour en jour tout ce qui est mauvais en vous, et progresser en tout ce qui est bon... La connaissance de soi, après celle de Dieu, est la première de toutes celles que doit avoir un chrétien, et en particulier un homme spirituel et pieux »

(cf. Testament de César de Bus, Enseignement XXVII)

Le soldat

Avec son entrée dans l’âge adulte, la vie de César de Bus est marqué par des engagements radicaux pour la défense de son pays et de sa foi. Le pays est menacé par les Protestants. Au-delà des questions religieuses, il y aussi des enjeux politiques propres à fragiliser le pays.

A deux reprises, César de Bus va s’engager dans les milices catholiques, non seulement pour défendre sa foi, mais aussi son pays, parce qu’ils sont liés. A 18 ans, d’abord, il partira pour la Normandie et reviendra victorieux de la bataille de Dreux. A 22 ans, à nouveau, face aux menaces des protestants, il part pour Bordeaux.

Avant de partir, en bon chrétien, il se confie au Seigneur Jésus et à sa Sainte-Mère. Malgré les conditions difficiles, autant qu’il le pouvait, il assistait à la messe chaque jour et cherchait le secours de la grâce dans les sacrements. Son engagement n’affecte pas sa fidèlité.

Après 1563, il rentre à Cavaillon, durement éprouvée par les guerres de religion : la cathédrale ayant été incendiée en 1562, le couvent des dominicains pillés et bien des sépultures profanées. Son cœur blessé s’adonne aux belles-lettres. Il aimait à composer des poèsies, pièces de théâtre, tragédies et drames qui étaient appréciés. Il s’adonnait aussi à la peinture. Toutes ces qualités, il les mettra plus tard, au service de son apostolat.

Lors de son deuxième engagement, il est atteint d’une maladie très grave et doit revenir à Cavaillon pour une longue convalescence. Les affaiblissements de son corps affectèrent aussi son âme, et s’il remercia Dieu de sa guérison, la fin de sa maladie marqua le début d’une période d’égarement spirituel.

« Venez à la Doctrine chrétienne qui traite des articles de notre foi, des Commandements de Dieu, de l’oraison dominicale (le Notre Père) et des sacrements. Les articles du symbole (le credo ou profession de foi) qui traitent des bénéfices, des promesses et des menaces de Dieu, gagneront votre volonté ; les Commandements vous apprendront ce que vous devez faire ; et enfin l’Oraison vous apportera la force pour faire ce que vous devez, et les Sacrements vous en donneront la grâce »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.2)

A la Cour, à Paris

A l’invitation de son frère Alexandre, il se rend à Paris en compagnie du marquis des Taillades. A la Cour, « il fit l’admiration de tous, à cause de la noblesse de son sang, de sa vaste culture, de la finesse de ses traits, de sa personnalité avenante et de la grâce de son comportement » (Le vénérable César de Bus, P. Giloteaux, Paris, 1961, p. 27).

Il fut séduit par l’admiration même qu’il suscita, et soucieux de correspondre à celle-ci, il s’éloigna des sacrements, de sa vie de piété, de la source même qui faisait sa valeur. Toutefois, César de Bus prit conscience du danger qu’il courrait pour sa foi, pour son intégrité. C’est alors que courageusement il décida de quitter Paris pour rentrer à Cavaillon, malgré l’insistance de son frère Alexandre.

Retour à Cavaillon

A son retour, il retrouva des visages familiers, cependant son séjour à Paris l’avait marqué et même changé, voire blessé ou fragilisé. Ceux qui admiraient sa piété furent surpris du changement de son attitude, quant à ceux qui auparavant estimaient cette piété excessive se réjouirent de ces changements qui justifiaient finalement leur propre tiédeur.

César, se sentant un peu à l’étroit à Cavaillon, décida de rejoindre Avignon où il put continuer une vie légère, au milieu de la bonne société de l’époque, s’adonnant aux plaisirs frivoles : jeux, théâtre, soirées dansantes...

Cette vie insouciante dut s’interrompre, rappelé à Cavaillon où son père, dans ses 80 ans, atteint d’une grave maladie, avait besoin de la présence et de l’aide de son fils. Jean-Baptiste de Bus, consul de la ville, s’éteignit le 23 mars 1573.

« Car être chrétien, et non pas bon chrétien, c’est être comme un Lucifer entre les Anges, et comme un Judas entre les Apôtres ; c’est être comme une pièce de fausse monnaie ; c’est être un arbre, mais sec ; c’est enfin être un serment, mais coupé et retranché de la vigne, qui ne peut servir qu’au feu »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.5)

Antoinette et Louis

Avec la mort de son père, César fut aussi troublé par celle de son frère Charles, chanoine de la collégiale de Salon. Dans son trouble, il rencontra deux personnes qui ont joué un rôle déterminant : Antoinette Reveillarde, une modeste veuve, et Louis Guyot, sacristain de la cathédrale.

Antoinette Reveillarde étant veuve et sans enfant, s’adonnait à la prière, à la pénitence, et passait son temps dans les églises. Ce n’était pas un moyen pour elle de s’enfermer sur ses malheurs, au contraire, elle était connue et respectée pour sa piété, ses conseils judicieux étaient appréciés. Elle parlait volontiers de la Passion de Notre Seigneur et de la miséricorde, et aussi bien ses propos que sa façon d’en parler, touchaient les cœurs.

Louis Guyot était tailleur de pierre et assumait la charge de sacristain de la cathédrale. Il était animé d’une grande dévotion envers la Sainte Eucharistie. Vivant modestement, il n’en était pas moins généreux envers les pauvres, et avait à cœur de prier pour les pécheurs. Il jouissait de l’estime de tous.

Ces deux âmes de choix unirent leurs forces pour arracher César de Bus aux pièges du monde. Antoinette, qui était familière des Bus, s’adressa un jour à César : « Monseigneur, vous trouvez de grandes satisfactions dans le monde, mais si vous goûtiez aux consolations que Dieu accorde à ses fidèles serviteurs, vous échangeriez bientôt les plaisirs d’ici-bas contre les joies divines ». César semblait demeurer sourd à ses exhortations.

Elle ne perdait pas courage, et persévéra. Elle incita César à lui lire une vie de saint. Malgré ses refus, elle lui dit « Monseigneur ! Vous êtes toujours très courtois eet très aimable envers les autres. Il n’ya a qu’avec moi que vous vous montrez désobligeant. Je vous en prie, prenez ce livre et pour ma seule consolation, lisez en sept lignes, en l’honneur des sept douleurs de Notre-Dame, ou même cinq en l’honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, ou si cela vous paraît trop, seulement trois en l’honneur des trois Personnes de la Sainte-Trinité ».

Elle fit appel à la prière de Louis Guyot, pour soutenir son apostolat. Un jour, elle lui dit : « Attention, Monseigneur, on ne badine pas ainsi avec Dieu. Il vous appelle et vous ne l’écoutez pas ! Il continue à vous attirer et vous continuez à le fuir. Prenez gade qu’Il ne se fatigue et qu’à la fin ».

A force de persévérance, Antoinette et Louis obtinrent que le cœur de César commença à laisser tomber ses résistances.

« Quant à la présence de Dieu, appélée à bon droit par les hommes pieux, destructrice des vices, forces des vertus et avant-goût de la béatitude, vous chercherez à la posseder toujours, en tout lieu, en toute situation, en toute affaire »

(Testament, 1° partie, enseigenment LIV)

Le cœur touché par la grâce

Malgré les demandes instantes d’Antoinette Reveillarde, César ne semblait pas être sensibles à ses pleurs. Toutefois, par égard et respect pour elle, qui lui avait dit « Recommandez au moins votre âme à Dieu, avant de vous éloigner », César s’apprétait à le faire sincèrement. Tant et si bien qu’en disposant son cœur à la prière, il fut touché par la grâce et en un instant, en un éclair, il prit conscience de son état, de son péché, de son aveuglement. Aussitôt, au lieu de sortir se divertir, comme il l’avait prévu, il passa la nuit en prière.

Il est possible qu’il évoqua cet épisode plus tard dans sa Leçon treizième, précisant que le Seigneur se présenta lui-même en personne à un « jeune homme... qui s’en allait la nuit pour mal faire », en portant sa croix sur les épaules et disant à ce dernier « Tu vas me crucifier une autre fois ».

Il s’ouvrit avec joie de ce retournement et de cette grâce à Antoinette Reveillarde, la remerciant pour ce qu’elle avait fait pour lui. Celle-ci encouragea César à rencontrer Louis Guyot et à se confier à ses conseils. César aurait bien sûr été tenté de se précipiter dans une pénitence spectaculaire, toutefois Louis Guyot l’exhorta à vivre une conversion et une pénitence intérieure. En quelques mots, César de Bus formule sa résolution :

« Je renonce à ma vie passée, je réprouve mon aveuglement, j’embrasse volontiers la croix, j’adore sa nudité, ses souffrances, ses ignominies. Je veux pâtir le reste de mes jours et effacer par mes pénitences, tous mes péchés. J’ai abusé des grâces de Dieu et je ne veux pas être ingrat envers sa miséricorde disposée à me pardonner. Je passera par la porte étroite et je gravirai les sentiers abrupts qui mèneent au salut ! »

Le début du combat spirituel

Sa résolution est prise : il faut changer de vie ! Cependant, les épreuves ne font que commencer. Il se rend à Avignon avec la ferme intention de confier son âme et sa vie à un prêtre qui puisse l’accompagner et l’aider.

Arrivé à Avignon, il retrouve ses anciennes amitiés et se laisse entraîner à ses habitudes mondaines, oubliant ses résolutions. Après une soirée de divertissements, en rentrant il passe à proximité du monastère des Clarisses d’Avignon (rue du Roi René) et entend leur chant. Il est touché par leur chant, et il comprend la futilité de sa vie en pensant à celle de ces femmes qui ont donné leur vie par amour, consacrées à la louange de Dieu. Il prend conscience de ses fragilités et de ses faiblesses.

C’est dans ces dispositions qu’il rencontre le père Péquet, un jésuite qui avait acquis « une renommée de sainteté et la réputation d’être un prédicateur éloquent, un directeur spirituel émérite et un convertisseur d’âmes irrésistible ».

Le premier pas de sa nouvelle vie fut la confession, et put être admis à nouveau à la communion. Il rencontra plusieurs fois le père Péquet et posa avec lui les fondations de sa nouvelle vie, avant de rentrer à Cavaillon.

La première de ses résolutions fut de donner les biens qu’il avait acquis illégitimement. Il prit aussi la résolution de détruire tous les poèmes et écrits qu’il avait composé dans sa vie mondaine. Enfin, il manifesta sa foi publiquement et héroïquement en accompagnant le Saint-Sacrement porté par un prêtre à un malade.

« Certains sont mûs par la douceur, d’autres par la rigueur, il est nécessaire que vous le soyez par la considération de innombrables bienfaits que vous avez reçu de la main de Dieu...(après avoir médité cela) vous devrez vous préparer à faire une confession générale, précédée de nombreux grands et fervents actes de contrition »

(Testament spirituel enseigenements XVI et XVII)

A la suite des saints

A partir de 1575, César de Bus ayant lu de nombreuses vies de saints, tira les leçons de ses lectures. Il avait compris que c’est après avoir vécu un renoncement intérieur qu’ils s’étaient libérés pour se donner généreusement au prochain. Ce fut désormais son programme de vie, accordant aussi beaucoup de temps à la prière.

Vers le sacerdoce

Le premier fruit de ses résolutions et le signe de leur authenticité fut ce désir qui se fit jour dans son cœur de devenir prêtre. Avec les nombreuses grâce dont il bénéficiat – qui lui firent dirent sur la fin de sa vie que cette période était comme « un avant-goût du Paradis » -, il dut aussi affronter des épreuves et tentations spirituelles. Ces épreuves, permises par Dieu, sont habituelles dans tout cheminement spirituel, et, selon la parole de saint Paul qui affirme que « Dieu fait tout concourrir au bien de ceux qui l’aiment », elles conduisent à affermir les résolutions et enraciner les convictions.

César de Bus entreprit alors un pèlerinage à Tarascon auprès de sainte Marthe, pour obtenir à sa suite, le même courage dans la lutte contre les manœuvres du démon, de façon à être toujours plus fidèle au Christ et ardent à proclamer la Bonne Nouvelle.

Après ce pèlerinage, il se rendit à Avignon pour confier à nouveau son âme au Père Péquet. Celui-ci, très conscient des grâces reçues par César de Bus, l’encouragea dans sa résolution à reprendre des études et à se préparer à devenir prêtre. Il lui proposa de faire les exercices spirituels selon saint Ignace, pendant 30 jours, afin de l’aider à surmonter ses inquiétudes, doutes et hésitations. En effet, César, douloureusement conscient des péchés de sa vie passée, et admirablement conscient de la grandeur et beauté du sacerdoce, se demandait s’il était digne de cette grâce.

Pour l’aider dans son cheminement spirituel, le père Péquet lui demanda de prendre le temps, chaque jour, d’écrire dans un carnet et de décrire les grâces, lumières, sentiments et mouvements qu’il recevait.

« Si tu désires acquérir ce divin amour, abandonne tout ; si tu désires posséder les trésors que le temps ni la rouille ne consument point, méprise les biens caducs et terrestres ; si tu veux jouir des joies éternelles, rejette les délices du monde. Délaisse le tout et tu auras le tou. Ce que tu délaisseras, il faudra aussi bien le quitter, que tu le veuilles ou non, tandis que les choses que tu auras acquises, ayant tout abandonné, ne pourront jamais t’être râvies ni enlevées en aucune manière »

(extrait de ses carnets, cité par l’abbé Giloteaux, p. 52)

Prètre pour l’éternité

César devint prêtre par le sacrement de l’ordre que lui conféra l’évêque de Cavaillon dans sa cathédrale en 1582. César avait 38 ans.
Au cours de la cérémonie qui le faisait prêtre, César reçut une grâce particulière : celle du don des larmes. Cette grâce est un signe accordé à beaucoup de chrétien, où le cœur touché et conscient de l’Amour de Dieu, déborde de joie. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais de joie ! C’est un signe sensible par lequel notre Dieu montre sa présence toute proche de notre cœur.
Après avoir célébré sa première messe à Cavaillon, il alla à l’église des dominicains pour prêcher et enseigner. Il y avait foule ! Il parla et enseigna longuement, et les cœurs furent touchés ! Non seulement il avait bénéficié du don des larmes, mais par ses paroles, il était aussi capable de toucher les cœurs.
Des témoins ont affirmé que « ses paroles étaient simples, sa voix douce, son geste sobre et son attitude recueillie ». Son enseignement passait non seulement par ce qu’il disait, mais aussi par sa façon de le dire et par sa façon de vivre ! Ce qu’il enseigne et transmet, c’est Celui dont il a fait l’expérience, Celui qu’il a rencontré. Il ne parle pas de quelque chose, il témoigne de l’Amour de Dieu.

La messe et la confession

Dans sa vie de prêtre, il y a deux réalités qui tenaient la première place : la messe et la confession.
Bien sûr, comme tout chrétien, la prière est la première source quotidienne de son cœur-à-coeur avec Dieu, le moyen de connaître et recevoir l’Amour de Dieu. Mais comme prêtre, à la fois dans sa vie de chrétien, et son ministère, la messe et la confession eurent la première place. Non seulement, par ces sacrements, il donne la grâce de Dieu aux hommes, mais en les célébrant, lui-même, fait l’expérience de cete grâce. En particulier, dans le sacrement de la réconciliation et de la pénitence, il a ce don de lire dans les cœurs. Les fidèles ne s’y trompent pas, qui sans crainte, avec confiance, appellent et demande cette grâce de miséricorde.

« Dans le Trés Saint Sacrement de l’autel (l’Eucharistie), vous trouverez dans cet Auguste Sacrement tout ce qui se peux désirer en cette vie, puisqu’il contient tout ce qui pour nous doit se trouver en toute chose, c’est-à-dire Dieu qui s’est fait homme »


(Testament, enseignement L)

Une vie de prière, de solitude et d’étude

Chaque jour, César priait les litanies des saints, le chapelet et se confessait souvent. Son ardente dévotion à la Passion de Notre Seigneur l’avait conduit à établir une liste de 24 saints qui ont aimé cette Passion, l’adaptant aux 24 heures de la journée et au déroulement de la Passion de Notre Seigneur. Sa vie de prière, en le rapprochant et l’unissant au cœur de Dieu, lui donnait d’être toujours plus débordant de charité et de bienveillance pour son prochain, conscient que tout chrétien a besoin d’être soutenu, encouragé, parce qu’en restant isolé, il risque de s’égarer. « Il savait que les hommes isolé ssont faibles et incapables de progresser dans la vertu » (abbé Giloteaux, p. 68)

Toutefois, César aimait la solitude. Il avait quitté la maison familiale pour établir sa demeure dans une modeste chambre du cloître de Cavaillon, ornée d’un simple crucifix. Cette solitude, loin d’être de l’isolement – même si sa famille regrettait de le moins voir – était d’abord un moyen pour lui d’avoir plus de temps pour la prière et pour l’étude. Mais ce n’était pas une solitude d’isolement, parce que cette solitude lui permettait aussi d’être plus disponible à son prochain. Il ne comptait son temps ni pour la confession, ni pour les entretiens spirituels, puisque le témoignage de sa vie attirait à lui toujours plus de chrétiens soucieux de grandir dans la foi.

L’étude n’avait pas pour lui la finalité d’être simplement un enrichissement personnel, d’ailleurs, à cet égard, il avait laissé de côté les matières mondaines qui autrefois avaient suscité sa passion. Il avait conscience qu’un prêtre, qui a la mission de nourrir, enseigneur et conduire les baptisés, a le devoir d’être à la hauteur de sa mission. Il enseignait et préchait souvent, mais il a beaucoup écrit : un catéchisme pour les enfants, un commentaire du Cantique des Cantiques, des sermons sur les Mystères, divers sujets de morale chrétienne, des homélies sur les Evangiles des Dimanche de l’année et ceux des féries de Carême...

« Jésus-Christ a voulu naître dans une étable, pour y trouver l’homme qu’il cherchait, et qui était devenu bête par le péché, si bien qu’il ne fallait pas espérer de pouvoir le trouver ailleurs que dans l’étable. Voilà pourquio ce Seigneur, qui donne la nourriture à tout animal, a voulu être mis dans la crèche pour montrer qu’il se faisait la pâture de l’homme... Nous devons apprendre que l’homme était dans un état bien misérable, puisqu’il a fallu que Jésus-Christ soit venu naître dans une étable afin de l’en retrirer »

(Instructions, Leçon XIII, p. 297)

Connaître, aimer et suivre Jésus-Christ

César n’eût de cesse que de conduire les âmes au Christ.
Son premier soin fut pour les âmes consacrées, les religieuses, en particulier les bénédictines de Cavaillon. Les religieuses du monastère avaient peu à peu abandonné les exigences de leur règle et leur ferveur en fut la première victime. Il se dévoua à encourager et soutenir une nouvelle recrue de l’abbaye, et par elle, obtint que les religieuses retrouvent la ferveur et la régularité propres à leur vocation.

Plus encore, il prit conscience que les prêtres mettaient peu d’ardeur et d’enthousiasme à transmettre la foi. Le peuple de Dieu manquait de nourriture, manquait de l’essentiel et sa foi en était par conséquence affaiblie et leur pratique religieuse plus tiède. Pour remédier à cela, il entreprit de prendre soin des plus jeunes et de leur enseigner la Doctrine chrétienne.

Chaque jour, muni d’une clochette, il parcourait la ville afin de rassembler les enfants et de les conduire à la cathédrale. Après une courte prière, il leur faisait le catéchisme. En partant de la Sainte-Ecriture, de la Parole de Dieu, il commentait un point de la Doctrine chrétienne, et s’assurait que chacun avait bien compris l’enseignement, utilisant au besoin des illustrations, comparaisons et exemples. Il montrait en cela une grande patience et douceur.

« Parmi toutes les vertus qui vous doivent tenir le plus à cœur à tout moment, il y a celle de la constance, puisque de la constance procède la persévérance, et de la persévérance, la gloire et le bonheur sans fin... Rappelez-vous souvent vos premières ferveurs pour renouveler vos exercices de dévotion et résister courageusement aux tentations de chaque jour »

(Testament, Enseignement LXX, pp. 95-96)

Une épreuve de santé

César se dépensait et donnait son temps sans compter, avec peu d’égard pour sa santé. Assurément, son logement modeste dans un coin du cloître de la cathédrale ne l’a pas aidé, et il dût interrompre le rythme de ses activités.

Sur ordre des médecins, conscient de son état de santé et de son affaiblissement, il regagna quelques semaines, la maison paternelle. Toutefois, le repos ne veut pas dire ne rien faire du tout ! Mais il fallait retrouver un équilibre, et il sut mettre à profit cette épreuve.

Au lieu de prêcher par la parole, il le fit par les mains, en confectionnant des chapelets, rosaires et crucifix ornés des instruments de la Passion (ceux-là même que l’on retrouve dans les armoiries de la Congrégation des prêtres de la Doctrine Chrétienne), qu’il distribuait à ses visiteurs, les exhortant à porter et utiliser ces signes de foi, et à méditer la passion de Notre Seigneur.

Avec ses forces qui revenaient, il reprit quelques activités, et par choix, se dévoua à l’enseignement du catéchisme aux plus pauvres et à la visite des malades qu’il soignait et consolait par ses paroles.

« Il est juste, ô Chrétien, que la Passion et la Mort de ton Sauveur et Rédempteur ne s’efface jamais de ton âme, et que tu t’en souviennes jour et nuit, et à toute heure, pusque l’homme ne peut rien présenter au Père céleste, qui lui soit plus agréable, que la mémoire de la Passion de son Fils, comme aussi il n’y a rien qui soit plus utile au Chrétien, soit pour éviter le péché, soit pour acquérir les vertus »

(Instruction, Leçon XIV, p. 306)

Une réponse aux calomnies

La ferveur et la fécondité de la mission de César suscitait beaucoup d’amertume de la part de ses ennemis. Aussi fut-il l’objet de calomnies pour tenter de saper son œuvre apostolique. Loin de s’irriter de ces attaques injustes, il prenait le parti d’en rire, et disait : « être méprisé par des personnes dignes de mépris est comparable à être louangé par des personnes dignes de louanges ». Sa fidélité au Christ, son honnêteté, son authenticité étaient sans doute sa meilleure défense, et au lieu de se laisser piéger par ses attaques, celles-ci l’engageaient à être toujours plus fidèle et persévérant dans ses résolutions.

La vraie défense de la foi

César vivait à une époque où la foi catholique, pour différentes raisons, avait perdu de son éclat, au profit du protestantisme. La foi protestante avait gagné un certain nombres de membres de sa famille. Ce n’était pas sans raison : l’infidélité de trop nombreux prêtres, la légèreté de leur vie et de leur enseignement, la négligence des pasteurs dans le soin des fidèles, la superficialité de la foi de trop nombreux baptisés, l’incohérence entre leurs paroles et leurs actes, les trop nombreux scandales...

Le premier qu’il a ramené à la foi catholique fut son cousin, Jean-Baptiste de Romillon, qui le rejoint par la suite pour les premières étapes de la fondation de la Congrégation de la Doctrine Chrétienne.
A Cavaillon, il obtint la conversion de Madame de la Capade qui se croyait invicible dans la discussion en s’appuyant sur les textes de la Sainte-Ecriture et qui aimait à discuter avec César dans le but de l’amener à quitter l’Eglise Catholique. Or c’est le contraire qui arriva. Non seulement, elle fut touchée par le témoignage de César, mais son mari et sa famille la suivirent pour revenir à la foi catholique. Ce ne sont pas seulement les arguments intellectuels qui l’ont convaincu, mais la cohérence de ses paroles et de sa vie.

« La sainte Eglise ne signifie autre chose que l’assemblée des fidèles, qui par le moyen de la foi sont appelés à la lumière de la vérité, et à la connaissance de Dieu ; si bien qu’ayant rejeté les ténèbres de l’ignorance, ils adorent le vrai Dieu et le servent de tout leur cœur, et pour comprendre tout en peu de mots, saint Augustin dit que l’Eglise est le peuple de Dieu qui est répandu par toutes les nations » 

(Instruction, Leçon XIX, p. 423)

L’ermitage de Saint-Jacques

Sur la colline, au-dessus de Cavaillon, une chapelle fut édifiée en l’honneur de saint Jacques en 1340, avec un ermitage pour l’accueil des pèlerins. Cette chapelle fut une des victimes de la fureur des guerres de religion.

En 1588, César de Bus, épris de solitude, entrepris de restaurer la chapelle et l’ermitage afin de s’y installer afin de s’adonner à la prière et à l’étude, dans la solitude. En peu de temps, avec l’aide de la population, les bâtiments furent relevés et la chapelle pourvue de tout ce qui était nécessaire pour y célébrer la messe. On peut toujours y voir l’ouverture aménagée depuis l’ermitage qui permettait à César de Bus de voir le Saint-Sacrement depuis sa chambre.

César voulut aussi aménager 5 oratoires en l’honneur de la Passion de Notre-Seigneur sur le chemin qui montait à la chapelle, afin de soutenir le pèlerinage des fidèles.

Même s’il lui arrivait de pouvoir jouir des bénéfices de la solitude, notamment pour confectionner des objets de piété, comme au temps de sa maladie, le solitaire était souvent visité et sollicité. Il ne manquait jamais de répondre aux attentes des fidèles venus seuls ou en groupe, pour les assister de ses conseils et enseignements, de sa prière et surtout des sacrements : la messe et la confession.

Il quittait aussi volontiers son ermitage pour apporter les secours de la foi, de la Parole et des sacrements, dans les villages d’alentour. Il n’est pas difficile d’imaginer que César vint à Robion ou aux Taillades pour exercer son apostolat.

« Pour faire beaucoup, il faut parler peu ; la ferveur de l’âme s’évapore par la langue, tout autant et encore plus que par n’importe quel autre sentiment corporel intérieur ou extérieur. A cause de cela, les mains demeurent indolentes et sans force pour oeuvrer à votre parfaite conversion. »

(Testament spirituel, Enseignement V)

A suive...