Bienheureux César de Bus (1544-1607)

27 mai 2020

La canonisation prochaine du bienheureux César de Bus est une grande et belle nouvelle qui vient comme auréoler et encourager notre démarche diocésaine « Faites des Saints »

Introduction

César de Bus est originaire de Cavaillon, il est notre compatriote. Il est toujours marquant de penser que nous pouvons parcourir les mêmes chemins qu’il a emprunté, et voir la nature qu’il a lui-même vue, ce « grand livre ouvert », selon ses paroles même, où l’on peut contempler l’oeuvre de Dieu.

Il voit le jour et reçoit la grâce du baptême le 3 février 1544, à la cathédrale de Cavaillon. C’est une période difficile et troublée, pour le monde et l’Eglise catholique. En effet, les difficultés, les relâchements, les crises qui touchent la société ont aussi des conséquences dans la vie de l’Eglise.

C’est dans ce contexte que Martin Luther (né en 1483), réagissant à de réels abus qu’il avait pu constater dans la vie de l’Eglise, et en particulier de certains prêtres, évêques ou moines, exprime son opposition avec force et avec excès. Il conteste et remet en cause le pape et la hiérarchie, les indulgences, le célibat des prêtres, les vœux monastiques, le culte des saints, le sacrifice de la messe. Il est excommunié en 1520. En 1545, le pape Paul III conscient avec toute l’Eglise qu’il y a des abus à réformer, une ferveur à raviver, une foi à nourrir, ouvre le Concile.

César de Bus s’inscrira dans ce grand mouvement de Réforme Catholique commencée avant le Concile de Trente, et poursuivie ensuite (S. Gaétan, s. Philippe Néri, ste Angèle Mérici, s. Ignace de Loyola...), suscitant de nombreux témoins de sainteté et de fondateurs d’ordres et congrégations religieuses attachés à enraciner et faire rayonner cette réforme.

1-Enfance et jeunesse

La vie du bienheureux César de Bus est comme un arbre qui étend ses branches, fleurit et porte du fruit. Tout cela trouve son origine, sa source dans sa jeunesse, comme une semence.

Très tôt, César de Bus montre une grande piété. Tout jeune, il prépare dans sa chambre un petit autel, un lieu de recueillement qui lui permet de prier. Cette piété n’est pas seulement une fantaisie d’enfant, elle porte des fruits. Dans son contact avec les autres, son amabilité est reconnue, et plus encore, il fait montre d’une très grande charité, en particulier à l’égard des plus pauvres.

A 14 ans, il est envoyé à Avignon, au collège pour étudier. Non seulement il est un très bon élève, aux qualités de mémoire prodigieuses, mais en outre il est un camarade reconnu et apprécié.

Il revient à Cavaillon, où sa prédilection pour les plus pauvres se manifeste par son engagement dans la confrérie des Pénitents Noirs de la ville. Ces confrèries ont pour but d’une part de soutenir, nourrir et encourager la vie chrétienne de ses membres, mais aussi de les consacrer à des œuvres de miséricorde. Il est élu par ses confrères comme responsable de cette confrérie.

« Il vous faut accomplir toute action, en particulier les plus ordinaires et quotidiennes, avec plus de perfection aujourd’hui qu’hier, et demain plus qu’aujourd’hui, c’est-à-dire prier, célébrer ou écouter la sainte messe, prendre ses repas, dans les loisirs, en examinant sa conscience le soir, et faire toute autre action avec toujours plus de perfection... Donc, soyez souvent attentifs à vos inclinations, passions, habitudes et actions pour corriger de jour en jour tout ce qui est mauvais en vous, et progresser en tout ce qui est bon... La connaissance de soi, après celle de Dieu, est la première de toutes celles que doit avoir un chrétien, et en particulier un homme spirituel et pieux »

(cf. Testament de César de Bus, Enseignement XXVII)

2-Le soldat

Avec son entrée dans l’âge adulte, la vie de César de Bus est marqué par des engagements radicaux pour la défense de son pays et de sa foi. Le pays est menacé par les Protestants. Au-delà des questions religieuses, il y aussi des enjeux politiques propres à fragiliser le pays.

A deux reprises, César de Bus va s’engager dans les milices catholiques, non seulement pour défendre sa foi, mais aussi son pays, parce qu’ils sont liés. A 18 ans, d’abord, il partira pour la Normandie et reviendra victorieux de la bataille de Dreux. A 22 ans, à nouveau, face aux menaces des protestants, il part pour Bordeaux.

Avant de partir, en bon chrétien, il se confie au Seigneur Jésus et à sa Sainte-Mère. Malgré les conditions difficiles, autant qu’il le pouvait, il assistait à la messe chaque jour et cherchait le secours de la grâce dans les sacrements. Son engagement n’affecte pas sa fidèlité.

Après 1563, il rentre à Cavaillon, durement éprouvée par les guerres de religion : la cathédrale ayant été incendiée en 1562, le couvent des dominicains pillés et bien des sépultures profanées. Son cœur blessé s’adonne aux belles-lettres. Il aimait à composer des poèsies, pièces de théâtre, tragédies et drames qui étaient appréciés. Il s’adonnait aussi à la peinture. Toutes ces qualités, il les mettra plus tard, au service de son apostolat.

Lors de son deuxième engagement, il est atteint d’une maladie très grave et doit revenir à Cavaillon pour une longue convalescence. Les affaiblissements de son corps affectèrent aussi son âme, et s’il remercia Dieu de sa guérison, la fin de sa maladie marqua le début d’une période d’égarement spirituel.

« Venez à la Doctrine chrétienne qui traite des articles de notre foi, des Commandements de Dieu, de l’oraison dominicale (le Notre Père) et des sacrements. Les articles du symbole (le credo ou profession de foi) qui traitent des bénéfices, des promesses et des menaces de Dieu, gagneront votre volonté ; les Commandements vous apprendront ce que vous devez faire ; et enfin l’Oraison vous apportera la force pour faire ce que vous devez, et les Sacrements vous en donneront la grâce »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.2)

3-A la Cour, à Paris

A l’invitation de son frère Alexandre, il se rend à Paris en compagnie du marquis des Taillades. A la Cour, « il fit l’admiration de tous, à cause de la noblesse de son sang, de sa vaste culture, de la finesse de ses traits, de sa personnalité avenante et de la grâce de son comportement » (Le vénérable César de Bus, P. Giloteaux, Paris, 1961, p. 27).

Il fut séduit par l’admiration même qu’il suscita, et soucieux de correspondre à celle-ci, il s’éloigna des sacrements, de sa vie de piété, de la source même qui faisait sa valeur. Toutefois, César de Bus prit conscience du danger qu’il courrait pour sa foi, pour son intégrité. C’est alors que courageusement il décida de quitter Paris pour rentrer à Cavaillon, malgré l’insistance de son frère Alexandre.

4-Retour à Cavaillon

A son retour, il retrouva des visages familiers, cependant son séjour à Paris l’avait marqué et même changé, voire blessé ou fragilisé. Ceux qui admiraient sa piété furent surpris du changement de son attitude, quant à ceux qui auparavant estimaient cette piété excessive se réjouirent de ces changements qui justifiaient finalement leur propre tiédeur.

César, se sentant un peu à l’étroit à Cavaillon, décida de rejoindre Avignon où il put continuer une vie légère, au milieu de la bonne société de l’époque, s’adonnant aux plaisirs frivoles : jeux, théâtre, soirées dansantes...

Cette vie insouciante dut s’interrompre, rappelé à Cavaillon où son père, dans ses 80 ans, atteint d’une grave maladie, avait besoin de la présence et de l’aide de son fils. Jean-Baptiste de Bus, consul de la ville, s’éteignit le 23 mars 1573.

« Car être chrétien, et non pas bon chrétien, c’est être comme un Lucifer entre les Anges, et comme un Judas entre les Apôtres ; c’est être comme une pièce de fausse monnaie ; c’est être un arbre, mais sec ; c’est enfin être un serment, mais coupé et retranché de la vigne, qui ne peut servir qu’au feu »

(Instructions familières, Leçon première, 1685, p.5)

5-Antoinette et Louis

Avec la mort de son père, César fut aussi troublé par celle de son frère Charles, chanoine de la collégiale de Salon. Dans son trouble, il rencontra deux personnes qui ont joué un rôle déterminant : Antoinette Reveillarde, une modeste veuve, et Louis Guyot, sacristain de la cathédrale.

Antoinette Reveillarde étant veuve et sans enfant, s’adonnait à la prière, à la pénitence, et passait son temps dans les églises. Ce n’était pas un moyen pour elle de s’enfermer sur ses malheurs, au contraire, elle était connue et respectée pour sa piété, ses conseils judicieux étaient appréciés. Elle parlait volontiers de la Passion de Notre Seigneur et de la miséricorde, et aussi bien ses propos que sa façon d’en parler, touchaient les cœurs.

Louis Guyot était tailleur de pierre et assumait la charge de sacristain de la cathédrale. Il était animé d’une grande dévotion envers la Sainte Eucharistie. Vivant modestement, il n’en était pas moins généreux envers les pauvres, et avait à cœur de prier pour les pécheurs. Il jouissait de l’estime de tous.

Ces deux âmes de choix unirent leurs forces pour arracher César de Bus aux pièges du monde. Antoinette, qui était familière des Bus, s’adressa un jour à César : « Monseigneur, vous trouvez de grandes satisfactions dans le monde, mais si vous goûtiez aux consolations que Dieu accorde à ses fidèles serviteurs, vous échangeriez bientôt les plaisirs d’ici-bas contre les joies divines ». César semblait demeurer sourd à ses exhortations.

Elle ne perdait pas courage, et persévéra. Elle incita César à lui lire une vie de saint. Malgré ses refus, elle lui dit « Monseigneur ! Vous êtes toujours très courtois eet très aimable envers les autres. Il n’ya a qu’avec moi que vous vous montrez désobligeant. Je vous en prie, prenez ce livre et pour ma seule consolation, lisez en sept lignes, en l’honneur des sept douleurs de Notre-Dame, ou même cinq en l’honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, ou si cela vous paraît trop, seulement trois en l’honneur des trois Personnes de la Sainte-Trinité ».

Elle fit appel à la prière de Louis Guyot, pour soutenir son apostolat. Un jour, elle lui dit : « Attention, Monseigneur, on ne badine pas ainsi avec Dieu. Il vous appelle et vous ne l’écoutez pas ! Il continue à vous attirer et vous continuez à le fuir. Prenez gade qu’Il ne se fatigue et qu’à la fin ».

A force de persévérance, Antoinette et Louis obtinrent que le cœur de César commença à laisser tomber ses résistances.

« Quant à la présence de Dieu, appélée à bon droit par les hommes pieux, destructrice des vices, forces des vertus et avant-goût de la béatitude, vous chercherez à la posseder toujours, en tout lieu, en toute situation, en toute affaire »

(Testament, 1° partie, enseigenment LIV)

6-Le cœur touché par la grâce

Malgré les demandes instantes d’Antoinette Reveillarde, César ne semblait pas être sensibles à ses pleurs. Toutefois, par égard et respect pour elle, qui lui avait dit « Recommandez au moins votre âme à Dieu, avant de vous éloigner », César s’apprétait à le faire sincèrement. Tant et si bien qu’en disposant son cœur à la prière, il fut touché par la grâce et en un instant, en un éclair, il prit conscience de son état, de son péché, de son aveuglement. Aussitôt, au lieu de sortir se divertir, comme il l’avait prévu, il passa la nuit en prière.

Il est possible qu’il évoqua cet épisode plus tard dans sa Leçon treizième, précisant que le Seigneur se présenta lui-même en personne à un « jeune homme... qui s’en allait la nuit pour mal faire », en portant sa croix sur les épaules et disant à ce dernier « Tu vas me crucifier une autre fois ».

Il s’ouvrit avec joie de ce retournement et de cette grâce à Antoinette Reveillarde, la remerciant pour ce qu’elle avait fait pour lui. Celle-ci encouragea César à rencontrer Louis Guyot et à se confier à ses conseils. César aurait bien sûr été tenté de se précipiter dans une pénitence spectaculaire, toutefois Louis Guyot l’exhorta à vivre une conversion et une pénitence intérieure. En quelques mots, César de Bus formule sa résolution :

« Je renonce à ma vie passée, je réprouve mon aveuglement, j’embrasse volontiers la croix, j’adore sa nudité, ses souffrances, ses ignominies. Je veux pâtir le reste de mes jours et effacer par mes pénitences, tous mes péchés. J’ai abusé des grâces de Dieu et je ne veux pas être ingrat envers sa miséricorde disposée à me pardonner. Je passera par la porte étroite et je gravirai les sentiers abrupts qui mèneent au salut ! »

7-Le début du combat spirituel

Sa résolution est prise : il faut changer de vie ! Cependant, les épreuves ne font que commencer. Il se rend à Avignon avec la ferme intention de confier son âme et sa vie à un prêtre qui puisse l’accompagner et l’aider.

Arrivé à Avignon, il retrouve ses anciennes amitiés et se laisse entraîner à ses habitudes mondaines, oubliant ses résolutions. Après une soirée de divertissements, en rentrant il passe à proximité du monastère des Clarisses d’Avignon (rue du Roi René) et entend leur chant. Il est touché par leur chant, et il comprend la futilité de sa vie en pensant à celle de ces femmes qui ont donné leur vie par amour, consacrées à la louange de Dieu. Il prend conscience de ses fragilités et de ses faiblesses.

C’est dans ces dispositions qu’il rencontre le père Péquet, un jésuite qui avait acquis « une renommée de sainteté et la réputation d’être un prédicateur éloquent, un directeur spirituel émérite et un convertisseur d’âmes irrésistible ».

Le premier pas de sa nouvelle vie fut la confession, et put être admis à nouveau à la communion. Il rencontra plusieurs fois le père Péquet et posa avec lui les fondations de sa nouvelle vie, avant de rentrer à Cavaillon.

La première de ses résolutions fut de donner les biens qu’il avait acquis illégitimement. Il prit aussi la résolution de détruire tous les poèmes et écrits qu’il avait composé dans sa vie mondaine. Enfin, il manifesta sa foi publiquement et héroïquement en accompagnant le Saint-Sacrement porté par un prêtre à un malade.

« Certains sont mûs par la douceur, d’autres par la rigueur, il est nécessaire que vous le soyez par la considération de innombrables bienfaits que vous avez reçu de la main de Dieu...(après avoir médité cela) vous devrez vous préparer à faire une confession générale, précédée de nombreux grands et fervents actes de contrition »

(Testament spirituel enseignements XVI et XVII)

8-A la suite des saints

A partir de 1575, César de Bus ayant lu de nombreuses vies de saints, tira les leçons de ses lectures. Il avait compris que c’est après avoir vécu un renoncement intérieur qu’ils s’étaient libérés pour se donner généreusement au prochain. Ce fut désormais son programme de vie, accordant aussi beaucoup de temps à la prière.

9-Vers le sacerdoce

Le premier fruit de ses résolutions et le signe de leur authenticité fut ce désir qui se fit jour dans son cœur de devenir prêtre. Avec les nombreuses grâce dont il bénéficiat – qui lui firent dirent sur la fin de sa vie que cette période était comme « un avant-goût du Paradis » -, il dut aussi affronter des épreuves et tentations spirituelles. Ces épreuves, permises par Dieu, sont habituelles dans tout cheminement spirituel, et, selon la parole de saint Paul qui affirme que « Dieu fait tout concourrir au bien de ceux qui l’aiment », elles conduisent à affermir les résolutions et enraciner les convictions.

César de Bus entreprit alors un pèlerinage à Tarascon auprès de sainte Marthe, pour obtenir à sa suite, le même courage dans la lutte contre les manœuvres du démon, de façon à être toujours plus fidèle au Christ et ardent à proclamer la Bonne Nouvelle.

Après ce pèlerinage, il se rendit à Avignon pour confier à nouveau son âme au Père Péquet. Celui-ci, très conscient des grâces reçues par César de Bus, l’encouragea dans sa résolution à reprendre des études et à se préparer à devenir prêtre. Il lui proposa de faire les exercices spirituels selon saint Ignace, pendant 30 jours, afin de l’aider à surmonter ses inquiétudes, doutes et hésitations. En effet, César, douloureusement conscient des péchés de sa vie passée, et admirablement conscient de la grandeur et beauté du sacerdoce, se demandait s’il était digne de cette grâce.

Pour l’aider dans son cheminement spirituel, le père Péquet lui demanda de prendre le temps, chaque jour, d’écrire dans un carnet et de décrire les grâces, lumières, sentiments et mouvements qu’il recevait.

« Si tu désires acquérir ce divin amour, abandonne tout ; si tu désires posséder les trésors que le temps ni la rouille ne consument point, méprise les biens caducs et terrestres ; si tu veux jouir des joies éternelles, rejette les délices du monde. Délaisse le tout et tu auras le tout. Ce que tu délaisseras, il faudra aussi bien le quitter, que tu le veuilles ou non, tandis que les choses que tu auras acquises, ayant tout abandonné, ne pourront jamais t’être ravies ni enlevées en aucune manière »

(extrait de ses carnets, cité par l’abbé Giloteaux, p. 52)

10-Prètre pour l’éternité

César devint prêtre par le sacrement de l’ordre que lui conféra l’évêque de Cavaillon dans sa cathédrale en 1582. César avait 38 ans.
Au cours de la cérémonie qui le faisait prêtre, César reçut une grâce particulière : celle du don des larmes. Cette grâce est un signe accordé à beaucoup de chrétien, où le cœur touché et conscient de l’Amour de Dieu, déborde de joie. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais de joie ! C’est un signe sensible par lequel notre Dieu montre sa présence toute proche de notre cœur.
Après avoir célébré sa première messe à Cavaillon, il alla à l’église des dominicains pour prêcher et enseigner. Il y avait foule ! Il parla et enseigna longuement, et les cœurs furent touchés ! Non seulement il avait bénéficié du don des larmes, mais par ses paroles, il était aussi capable de toucher les cœurs.
Des témoins ont affirmé que « ses paroles étaient simples, sa voix douce, son geste sobre et son attitude recueillie ». Son enseignement passait non seulement par ce qu’il disait, mais aussi par sa façon de le dire et par sa façon de vivre ! Ce qu’il enseigne et transmet, c’est Celui dont il a fait l’expérience, Celui qu’il a rencontré. Il ne parle pas de quelque chose, il témoigne de l’Amour de Dieu.

11-La messe et la confession

Dans sa vie de prêtre, il y a deux réalités qui tenaient la première place : la messe et la confession.
Bien sûr, comme tout chrétien, la prière est la première source quotidienne de son cœur-à-coeur avec Dieu, le moyen de connaître et recevoir l’Amour de Dieu. Mais comme prêtre, à la fois dans sa vie de chrétien, et son ministère, la messe et la confession eurent la première place. Non seulement, par ces sacrements, il donne la grâce de Dieu aux hommes, mais en les célébrant, lui-même, fait l’expérience de cete grâce. En particulier, dans le sacrement de la réconciliation et de la pénitence, il a ce don de lire dans les cœurs. Les fidèles ne s’y trompent pas, qui sans crainte, avec confiance, appellent et demande cette grâce de miséricorde.

« Dans le Très Saint Sacrement de l’autel (l’Eucharistie), vous trouverez dans cet Auguste Sacrement tout ce qui se peux désirer en cette vie, puisqu’il contient tout ce qui pour nous doit se trouver en toute chose, c’est-à-dire Dieu qui s’est fait homme »

(Testament, enseignement L)

12-Une vie de prière, de solitude et d’étude

Chaque jour, César priait les litanies des saints, le chapelet et se confessait souvent. Son ardente dévotion à la Passion de Notre Seigneur l’avait conduit à établir une liste de 24 saints qui ont aimé cette Passion, l’adaptant aux 24 heures de la journée et au déroulement de la Passion de Notre Seigneur. Sa vie de prière, en le rapprochant et l’unissant au cœur de Dieu, lui donnait d’être toujours plus débordant de charité et de bienveillance pour son prochain, conscient que tout chrétien a besoin d’être soutenu, encouragé, parce qu’en restant isolé, il risque de s’égarer. « Il savait que les hommes isolé sont faibles et incapables de progresser dans la vertu » (abbé Giloteaux, p. 68)

Toutefois, César aimait la solitude. Il avait quitté la maison familiale pour établir sa demeure dans une modeste chambre du cloître de Cavaillon, ornée d’un simple crucifix. Cette solitude, loin d’être de l’isolement – même si sa famille regrettait de le moins voir – était d’abord un moyen pour lui d’avoir plus de temps pour la prière et pour l’étude. Mais ce n’était pas une solitude d’isolement, parce que cette solitude lui permettait aussi d’être plus disponible à son prochain. Il ne comptait son temps ni pour la confession, ni pour les entretiens spirituels, puisque le témoignage de sa vie attirait à lui toujours plus de chrétiens soucieux de grandir dans la foi.

L’étude n’avait pas pour lui la finalité d’être simplement un enrichissement personnel, d’ailleurs, à cet égard, il avait laissé de côté les matières mondaines qui autrefois avaient suscité sa passion. Il avait conscience qu’un prêtre, qui a la mission de nourrir, enseigner et conduire les baptisés, a le devoir d’être à la hauteur de sa mission. Il enseignait et prêchait souvent, mais il a beaucoup écrit : un catéchisme pour les enfants, un commentaire du Cantique des Cantiques, des sermons sur les Mystères, divers sujets de morale chrétienne, des homélies sur les Evangiles des Dimanche de l’année et ceux des féries de Carême...

« Jésus-Christ a voulu naître dans une étable, pour y trouver l’homme qu’il cherchait, et qui était devenu bête par le péché, si bien qu’il ne fallait pas espérer de pouvoir le trouver ailleurs que dans l’étable. Voilà pourquoi ce Seigneur, qui donne la nourriture à tout animal, a voulu être mis dans la crèche pour montrer qu’il se faisait la pâture de l’homme... Nous devons apprendre que l’homme était dans un état bien misérable, puisqu’il a fallu que Jésus-Christ soit venu naître dans une étable afin de l’en retirer »

(Instructions, Leçon XIII, p. 297)

13-Connaître, aimer et suivre Jésus-Christ

César n’eut de cesse que de conduire les âmes au Christ.
Son premier soin fut pour les âmes consacrées, les religieuses, en particulier les bénédictines de Cavaillon. Les religieuses du monastère avaient peu à peu abandonné les exigences de leur règle et leur ferveur en fut la première victime. Il se dévoua à encourager et soutenir une nouvelle recrue de l’abbaye, et par elle, obtint que les religieuses retrouvent la ferveur et la régularité propres à leur vocation.

Plus encore, il prit conscience que les prêtres mettaient peu d’ardeur et d’enthousiasme à transmettre la foi. Le peuple de Dieu manquait de nourriture, manquait de l’essentiel et sa foi en était par conséquence affaiblie et leur pratique religieuse plus tiède. Pour remédier à cela, il entreprit de prendre soin des plus jeunes et de leur enseigner la Doctrine chrétienne.

Chaque jour, muni d’une clochette, il parcourait la ville afin de rassembler les enfants et de les conduire à la cathédrale. Après une courte prière, il leur faisait le catéchisme. En partant de la Sainte-Ecriture, de la Parole de Dieu, il commentait un point de la Doctrine chrétienne, et s’assurait que chacun avait bien compris l’enseignement, utilisant au besoin des illustrations, comparaisons et exemples. Il montrait en cela une grande patience et douceur.

« Parmi toutes les vertus qui vous doivent tenir le plus à cœur à tout moment, il y a celle de la constance, puisque de la constance procède la persévérance, et de la persévérance, la gloire et le bonheur sans fin... Rappelez-vous souvent vos premières ferveurs pour renouveler vos exercices de dévotion et résister courageusement aux tentations de chaque jour »

(Testament, Enseignement LXX, pp. 95-96)

14-Une épreuve de santé

César se dépensait et donnait son temps sans compter, avec peu d’égard pour sa santé. Assurément, son logement modeste dans un coin du cloître de la cathédrale ne l’a pas aidé, et il dût interrompre le rythme de ses activités.

Sur ordre des médecins, conscient de son état de santé et de son affaiblissement, il regagna quelques semaines, la maison paternelle. Toutefois, le repos ne veut pas dire ne rien faire du tout ! Mais il fallait retrouver un équilibre, et il sut mettre à profit cette épreuve.

Au lieu de prêcher par la parole, il le fit par les mains, en confectionnant des chapelets, rosaires et crucifix ornés des instruments de la Passion (ceux-là même que l’on retrouve dans les armoiries de la Congrégation des prêtres de la Doctrine Chrétienne), qu’il distribuait à ses visiteurs, les exhortant à porter et utiliser ces signes de foi, et à méditer la passion de Notre Seigneur.

Avec ses forces qui revenaient, il reprit quelques activités, et par choix, se dévoua à l’enseignement du catéchisme aux plus pauvres et à la visite des malades qu’il soignait et consolait par ses paroles.

« Il est juste, ô Chrétien, que la Passion et la Mort de ton Sauveur et Rédempteur ne s’efface jamais de ton âme, et que tu t’en souviennes jour et nuit, et à toute heure, puisque l’homme ne peut rien présenter au Père céleste, qui lui soit plus agréable, que la mémoire de la Passion de son Fils, comme aussi il n’y a rien qui soit plus utile au Chrétien, soit pour éviter le péché, soit pour acquérir les vertus »

(Instruction, Leçon XIV, p. 306)

15-Une réponse aux calomnies

La ferveur et la fécondité de la mission de César suscitait beaucoup d’amertume de la part de ses ennemis. Aussi fut-il l’objet de calomnies pour tenter de saper son œuvre apostolique. Loin de s’irriter de ces attaques injustes, il prenait le parti d’en rire, et disait : « être méprisé par des personnes dignes de mépris est comparable à être louangé par des personnes dignes de louanges ». Sa fidélité au Christ, son honnêteté, son authenticité étaient sans doute sa meilleure défense, et au lieu de se laisser piéger par ses attaques, celles-ci l’engageaient à être toujours plus fidèle et persévérant dans ses résolutions.

16-La vraie défense de la foi

César vivait à une époque où la foi catholique, pour différentes raisons, avait perdu de son éclat, au profit du protestantisme. La foi protestante avait gagné un certain nombres de membres de sa famille. Ce n’était pas sans raison : l’infidélité de trop nombreux prêtres, la légèreté de leur vie et de leur enseignement, la négligence des pasteurs dans le soin des fidèles, la superficialité de la foi de trop nombreux baptisés, l’incohérence entre leurs paroles et leurs actes, les trop nombreux scandales...

Le premier qu’il a ramené à la foi catholique fut son cousin, Jean-Baptiste de Romillon, qui le rejoint par la suite pour les premières étapes de la fondation de la Congrégation de la Doctrine Chrétienne.
A Cavaillon, il obtint la conversion de Madame de la Capade qui se croyait invincible dans la discussion en s’appuyant sur les textes de la Sainte-Ecriture et qui aimait à discuter avec César dans le but de l’amener à quitter l’Eglise Catholique. Or c’est le contraire qui arriva. Non seulement, elle fut touchée par le témoignage de César, mais son mari et sa famille la suivirent pour revenir à la foi catholique. Ce ne sont pas seulement les arguments intellectuels qui l’ont convaincu, mais la cohérence de ses paroles et de sa vie.

« La sainte Eglise ne signifie autre chose que l’assemblée des fidèles, qui par le moyen de la foi sont appelés à la lumière de la vérité, et à la connaissance de Dieu ; si bien qu’ayant rejeté les ténèbres de l’ignorance, ils adorent le vrai Dieu et le servent de tout leur cœur, et pour comprendre tout en peu de mots, saint Augustin dit que l’Eglise est le peuple de Dieu qui est répandu par toutes les nations » 

(Instruction, Leçon XIX, p. 423)

17-L’ermitage de Saint-Jacques

Sur la colline, au-dessus de Cavaillon, une chapelle fut édifiée en l’honneur de saint Jacques en 1340, avec un ermitage pour l’accueil des pèlerins. Cette chapelle fut une des victimes de la fureur des guerres de religion.

En 1588, César de Bus, épris de solitude, entrepris de restaurer la chapelle et l’ermitage afin de s’y installer afin de s’adonner à la prière et à l’étude, dans la solitude. En peu de temps, avec l’aide de la population, les bâtiments furent relevés et la chapelle pourvue de tout ce qui était nécessaire pour y célébrer la messe. On peut toujours y voir l’ouverture aménagée depuis l’ermitage qui permettait à César de Bus de voir le Saint-Sacrement depuis sa chambre.

César voulut aussi aménager 5 oratoires en l’honneur de la Passion de Notre-Seigneur sur le chemin qui montait à la chapelle, afin de soutenir le pèlerinage des fidèles.

Même s’il lui arrivait de pouvoir jouir des bénéfices de la solitude, notamment pour confectionner des objets de piété, comme au temps de sa maladie, le solitaire était souvent visité et sollicité. Il ne manquait jamais de répondre aux attentes des fidèles venus seuls ou en groupe, pour les assister de ses conseils et enseignements, de sa prière et surtout des sacrements : la messe et la confession.

Il quittait aussi volontiers son ermitage pour apporter les secours de la foi, de la Parole et des sacrements, dans les villages d’alentour. Il n’est pas difficile d’imaginer que César vint à Robion ou aux Taillades pour exercer son apostolat.

« Pour faire beaucoup, il faut parler peu ; la ferveur de l’âme s’évapore par la langue, tout autant et encore plus que par n’importe quel autre sentiment corporel intérieur ou extérieur. A cause de cela, les mains demeurent indolentes et sans force pour oeuvrer à votre parfaite conversion. »

(Testament spirituel, Enseignement V)

18-Nouveau saint Paul

Ce titre lui fut donné par le père Ange de Joyeuse. Cet homme issue de la prestigieuse lignée de ducs de Joyeuse, entra chez les Capucins – branche de l’ordre franciscain – après son veuvage à 22 ans. De retour de Rome, il voulut rencontrer César dont la réputation dépassait les frontières de Cavaillon. Il fut saisi par cet homme, son histoire, son témoignage, son enseignement et son travail apostolique. En effet, après sa conversion, César n’eut de cesse, comme saint Paul, de travailler avec ardeur, par son exemple, sa prière et son enseignement, à la conversion des âmes, se faisant « remarquer par son humilité, son esprit de pénitence et son zèle apostolique » (Giloteaux, p. 116).

César avait entrepris de rendre au couvent des Dominicains de Cavaillon leur ferveur première et les exigences de leur règle que les religieux avaient peu à peu délaissées. Il s’attacha à prêcher pendant plusieurs mois aux Clarisses du monastère d’Avignon, pour raviver leur ferveur et les exhorter à la sainteté.

Ses nombreuses victoires apostoliques vinrent aux oreilles de Mgr de Tulle, évêque d’Orange. Celui-ci était réfugié depuis quelques temps à Caderousse, avec son clergé et les fidèles catholiques d’Orange, expulsé de sa ville épiscopale par les Calvinistes. Aussi demanda-t-il à César de Bus de venir prêcher dans son diocèse. Il répondit avec empressement à cette demande, conscient que « l’ignorance est une sdes portes par lesquelles pénètre l’hérésie » (Giloteaux, p. 123). Chaque jour, matin et soir, il faisait le catéchisme et prêchait aux enfants et aux adultes venus en nombre l’entendre dans une église comble. « Dieu bénit son ministère, ont les fruits dépassèrent les espérances entrevues » (Giloteaux, p. 124).

« La charité est comme l’âme qui donne la vie à nos bonnes œuvres, qui autrement seraient mortes. Car tout ainsi qu’un corps sans âme est mort, de même toute œuvre qui est faite sans charité est mort, et ne sert de rien pour l’éternité, quoi qu’elle soit bonne d’elle-même »

(Enseignements, leçon V, p. 106)

19-Les prémices de sa congrégation

Depuis longtemps, César avait conçu le projet de fonder une congrégation de prêtre et catéchistes qui pourraient se consacrer à la prédication populaire, aux « instructions familières ». Cette idée se renforça à la suite d’une mission qui lui avait été confiée.

En effet, l’évêque de Viviers, Mgr de l’Hôtel, constatait les ravages que réalisait l’hérésie calviniste dans son diocèse, à la faveur d’un état d’abandon spirituel des fidèles de celui-ci. Ayant entendu parler de César de Bus, il sollicita la générosité de Mgr Bordini, évêque de Cavaillon et Vice-Légat, pour lui envoyer cet apôtre populaire.

César de Bus partit pour le Vivarais en compagnie de son cousin Jean-Baptiste de Romillon. Celui-ci, né à l’Isle-sur-la-Sorgue en 1533, avait abandonné l’hérésie calviniste grâce à César de Bus en 1579, et était devenu prêtre et chanoine de la collégiale de l’Isle. Ils se partagèrent le diocèse de Viviers pour y apporter l’Evangile, donnant plus de force encore à leurs paroles, par l’exemple de leur charité active auprès des plus pauvres et des malades.

« Parmi toutes les vertus qui doivent être plus à cœur à tout moment, il y a celle de la constance, puisque de la constance vient la persévérance, de la persévérance la gloire et la félicité sans fin »

(Testament spirituel, Enseignement LXX, p. 95)

20-Fondation de la congrégation

Fort de la réussite de ses travaux missionnaires, inspiré par l’oeuvre de Charles Borromée, conseillé par ses amis, encouragé par le soutien de quelques prêtres prêts à le suivre, il s’ouvrit de son projet à l’évêque de Cavaillon, mgr Bordini, disciple de saint Philippe Néri. Celui-ci, enthousiaste, donna son accord.

Le charisme qui est au cœur de son intuition, est d’assurer des instructions familières, propres à nourrir la foi et ramener la pureté des mœurs, par un langage simple et populaire, l’exemple d’une vie simple et proche, le témoignage d’une vie fraternelle unie par la charité.

Le 29 septembre 1592, en la fête de l’Archange Saint Michel, dans la chapelle des religieuses ursulines de l’Isle-sur-la-Sorgue (rue Danton), les premiers compagnons ont tenu leur assemblée fondatrice. Ils étaient quatre à entourer César de Bus : Jean-Baptiste de Romillon, chanoine de la collégiale de L’Isle ; Michel Phinely, chanoine de la collégiale Saint-Agricol ; Jacques Thomas et Gabriel Michel.

« Nous sommes venus pour constituer un institut apostolique. Aussi n’oublions pas que Jésus a prié pour ses apôtres, afin qu’ils soient unis entre eux, comme son Père et lui sont un dans la Trinité. En plus, souvenons-nous que la Doctrine Chrétienne, que nous faisons profession d’enseigner, ne propose qu’un Dieu dans la Trinité, qu’une foi dans le Symbole, qu’une espérance dans l’Oraison dominicale (la prière du Notre Père), qu’un Baptême dans les Sacrements, et dans le Décalogue, qu’un unique commandement qui, d’après saint Paul, est celui de la charité et auquel se rattachent tous les autres. En conséquence pour glorifier et honorer cette unité, unissons-nous aujourd’hui entre nous et avec Dieu, par des des liens éternels et puissants et des noeuds si serrés que rien ne soit capable de les briser ni de nous séparer »

(Le vénérable César de Bus, P. Giloteaux, pp. 131-132)

21-La première maison de la congrégation à Avignon

Mgr Tarugi, disciple de saint Philippe Néri, et neveu du pape Jules III, fut nommé archevêque d’Avignon. En rejoignant son siège, il passa à Cavaillon où il rencontra César de Bus qui lui fit une forte impression.
Ayant passé quelques semaines auprès de mgr Tarugi à Avignon, César obtint son accord pour fonder une maison dans la ville épiscopale et après quelques travaux ils purent s’installer à Sainte-Praxède, l’ancien couvent des dominicaines, le 28 septembre 1593.
César se mit aussitôt au travail, exposant la doctrine chrétienne, où chaque dimanche, l’archevêque aimait à se mêler à la foule venue entendre ce prédicateur de renom.

Non seulement la présence de l’archevêque contribuait à donner beaucoup de crédit à cette fondation, mais en outre, il eut le souci de leur partager sa propre expérience et les encouragea à pratiquer eux-aussi l’oratoire, rassemblant des jeunes gens pour des conférences spirituelles, des exercices de piété et des entretiens familiers.

Mgr Tarugi avait encouragé César à « conserver toujours cet esprit et (à le) comminque(r) à ses fils ». Cet esprit, c’est celui d’un enseignement simple, familier et abordable, où la simplicité de la forme et des paroles ne trahit jamais la profondeur et la richesse du message.

« Divin Sauveur, qui avez uni dans votre adorable Personne, deux natures aussi différentes, que la nature divine et la nature humaine ; qui, de deux peuples, l’ancien et le nouveau, n’en avez fait qu’un seul, en abattant le mur de division qui les séparait ; qui, en qualité de Pasteur suprême des Anges et des Hommes, unirez, à la fin des siècles, ces deux troupeaux en une seule bergerie, unissez-nous aujourd’hui par votre Saint-Esprit, qui est le lien de l’Eglise, comme celui de la Sainte Trinité. Adorable Jésus, selon votre parole, soyez au milieu de nous, puisque c’est en votre nom que nous sommes ici réunis. Dieu de consolation, de patience, de charité et d’unité, faites que nous ayons toujours les mêmes pensées, les mêmes sentiments, dans l’expression de la même charité, afin qu’en annonçant votre Evangile, d’une même bouche avec les mêmes paroles, nous arrivions à glorifier votre Père et Vous même dans l’unité du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »

(Le vénérable César de Bus, P. Giloteaux, pp. 132-133)

22-Les nouveaux disciples

La nouvelle fondation répondait manifestement à un besoin, puisque ces missionnaires, appelés dans les villes et villages d’alentour, avaient du mal à satisfaire toutes les demandes.
Dans sa prière, César de Bus, demanda de nouvelles vocations. C’était le 9 novembre 1593, et dans son sommeil, il reçut l’assurance que l’église des Sainte-Praxède était bien le lieu où il devait être et où il allait recevoir de nouveaux disciples.

Peu de temps après, Antoine Vigier, qui avait moins de 17 ans, se présenta à lui avec quelques camarades de L’Isle-sur-la-Sorgue qui avaient souhaité se mettre à la suite de César de Bus pour enseigner aux pauvres la Doctrine Chrétienne.

Antoine, d’origine modeste, était illettré et lorsque César lui demanda ce qu’il savait, celui-ci répondit : « Je sais l’Oraison dominicale, le Symbole des Apôtres, les Commandements de Dieu et un petit résumé de la Doctrine Chrétienne. Avec cela, j’irai sous vos ordres, dans les campagnes et les hameaux de la Provence, partout où il vous plaira de m’envoyer, pour instruire les bergers, les ouvriers, les travailleurs et je suis certain qu’avant d’avoir enseigné tous les ignorants, j’aurai terminé mes jours, si longs qu’ils puissent être ! ». Enchanté par la simplicité et la franchise de cette réponse, comprenant la valeur de ces jeunes pour l’avenir de sa fondation, il dit à Antoine et ses compagnons qu’ « ils seront très aimés et des mieux accueillis » : Antoine Vigier, Pompée des Isnards, seigneur de Brantes, Guillaume Combe et Marc-Antoine Planchier.

« Si vous désirez savoir pourquoi nous sommes si pauvres en vertu, et si fort dénués de la grâce divine, je vous dirai que cela vient de ce que nous ne la demadons pas. Il est bien certain que tous ceux-là se plaignent à tort qui disent : je n’ai point de dévotion, je n’ai pas la force de résister aux tentations, il n’est pas possible que je pardonne à ceux qui m’offensent, et je n’ai point la patience, ni l’humilité, ni la grâce qu’a untel, que je voudrais bien que Dieu me la donnât. Oui, je dis que tous ceux-là s’excusent en vain, puisque Dieu désire de nous départir toutes ces grâces et nous crie tous les jours : demandez et l’on vous donnera »

(Instructions familières, Leçon VIII, pp. 183-184)

23-César, touché par la cécité (après 1594)

Depuis quelques années déjà, la vue de César s’affaiblissait, lui occasionnant de vives douleurs dans la tête. Un jour qu’il montait à l’autel pour célébrer la messe, il heurta la lampe du sanctuaire. Dès lors, non sans souffrance, il décida de ne plus célébrer la messe, pour éviter d’autres inconvénients.

Il accepta cette épreuve avec résignation et dans un véritable esprit de réparation et d’oblation. Son entourage en était peiné pour lui, mais il affichait une joie pleine de foi dans cette épreuve : « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous mêmes, car si j’ai perdu mes deux plus grands ennemis, vous les avez encore et ils peuvent vous perdre ! ». Il allait jusqu’à refuser les remèdes qui auraient pu le soulager, voyant dans cette souffrance un don et une grâce de Dieu, propre à l’affermir et le faire grandir.

Il vécut les 14 années qui lui restaient, dans cet esprit d’oblation. Il avait eu l’assurance que par la communion fréquente ses douleurs seraient appaisées, sans pour autant que disparaisse sa cessité. C’est ce qui advint. De surcroit, cette cessité corporelle avait laissé place chez l’homme de Dieu, à une grâce particulière de lumière intérieure immens, et d’une extraordinaire clairvoyance surnaturelle qui lui permettaient de conduire toujours mieux les âmes. Et ce handicap ne l’a pas empêché de poursuivre une vie très active, en particulier dans la prière, l’accompagnement spirituel et la prédication : « sa voix, son geste, ses larmes triomphaient des cœurs les plus endurcis et les confesseurs s’appercevaient au sacrement de pénitence, des fruits merveilleux des ses prédications, par l’affluence des pénitents et la transformation de leur âme » (p. 151).

« Qu’importe que mes yeux soient privés de lumière
et que de la douleur ma chair soit prisonnière,
Si la croix sur laquelle expira le Sauveur
M’illumine l’esprit et dilate mon cœur ! »

(Le vénérable César de Bus, Giloteaux, p. 149)

24-Fondation des ursulines à L’Isle-sur-la-Sorgue et Avignon

César de Bus avait rapidement constaté qu’après avoir pris soin des hommes, il était encore plus urgent de s’occuper des femmes, abandonnées, voire entretenues dans une grave ignorance. Seules quelques jeunes filles de familles aisées avaient alors accès à une modeste éducation dans quelques monastères qui acceptaient de les accueillir.

Comme il avait rassemblé quelques prêtres disposés à donner leur vie pour l’éducation et l’enseignement des jeunes hommes, il voulut susciter le même enthousiasme auprès de femmes pieuses, désireuses de se consacrer à l’éducation des jeunes filles.

En 1594, sa nièce Cassandre de Bus, sous l’impulsion et avec l’accompagnement de son oncle, fonda une première communauté à l’Isle-sur-la-Sorgue, avec Madeleine, Marguerite et Catherine Plascher, rejointes rapidement par Françoise de Bermond. César, de son côté, voulut établir une autre communauté à Avignon avec le concours de Jeanne Faucher. Les deux communautés s’unirent en 1596 avec Françoise de Bermond pour supérieure.

Ces femmes pieuses, unies par un simple vœu de chasteté, furent placées sous le patronage de sainte Ursule. Ce choix fut déterminé par celui qu’avait fait sainte Angèle Mérici lors de la fondation de sa propre congrégation.Si elles vivaient comme des religieuses, par la vie communautaire, la prière et la pénitence, elles n’étaient pas cloîtrées, de façon à pouvoir se consacrer aux œuvres de charité et de miséricorde.

L’institut, à partir de cette semence, se répandit rapidement en Provence, Languedoc, Guyenne, Dauphiné, Toulouse et Paris. Si elles recevaient des jeunes filles fortunées qui payaient pension, elles recevaient aussi des filles pauvres gratuitement, avec le désir de les éduquer aussi bien humainement que spirituellement. Cet institut connut de rapides succès partout où il s’implanta. Parmi les vertus, elles tenaient en haute estime celle de la pureté, qui avant d’être celle du corps, est celle du cœur.

Tout ce que vous avez appris « serait bien peu de choses si vous n’aviez pas au moins la jouissance de l’amour habituel de Dieu (âme et vie de chacune de nos meilleures actions), pour avoir manqué d’avoir l’intention d’accomplir sa sainte volonté sans considération avec votre propre intérêt, plaisir ou réputation... Efforcez-vous donc de l’avoir dans le mode le plus pur que vous pourrez au début de chacune de vos actions, ou au moins lorsque vous constatez que cette intention pure vous manque »

(Testament spirituel, I partie, enseignement XLVIII pp. 72-73)

25 - Reconnaissance de la congrégation

Mgr Bordini succéda à Mgr Tarugi comme évêque d’Avignon, or, l’un comme l’autre étaient des disciples de saint Philippe Néri. Or, Mgr Bordini avait déjà accompagné les premiers pas de la nouvelle congrégation et mis toute son énergie à lui assurer une stabilité. Ainsi au bref de confirmation du 23 décembre 1957 obtenu par son prédécesseur, Mgr Bordini reçut une Bulle romaine qui vint le renforcer le 27 juin 1598.

Ce dernier document venait préciser un point quant au gouvernement en dotant la congrégation d’un supérieur général par élection. Les douze premiers compagnons désignèrent César de Bus à l’unanimité, mais il fallu insister pour que celui-ci finisse par accepter lorsque furent anéanties toutes ses objections.

La Bulle du pape octroyait à la congrégation le monastère de Saint-Jean-le-Vieux, dédié à saint Jean-Baptiste (place Pie actuelle ; il ne reste que la tour). Peu de temps après, une maison de la congrégation fut établie à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans une maison donnée par Pompée des Isnards, et deux ans après, l’église étant édifiée et consacrée, deux religieux prêtres et deux frères s’y installèrent.

Quant à César, repris par la maladie et les nombreuses responsabilités, il laissa sa place de prédicateur au Père Antoine Vigier, ce jeune homme devenu grand, l’un de ses premiers disciples, qui ne démérita en marchant sur les traces de son maître.

"Vous chercherez à recevoir toute sorte d’affliction comme autant de remèdes pour votre infirmité et faiblesse, ou comme autant de motifs pour obtenir une solide vertu, puisqu’en effet, celles-ci soit vous guériront des maladies spirituelles, (…) ou elles vont encourageront à acquérir les vertus qui vous manquent encore. Je laisse à part la paix, la consolation et le mérite qu’une affliction bien prises (c’est à dire avec courage, amour, humilité, patience et constance) apport à l’âme. (…) Considérez que les afflictions supportées avec les vertus sus-dites, sont comme un échelle pour atteindre les consolations éternelles ; au contraire, ces afflictions laissées aux vices contraires, nous font descendre vers les afflictions qui n’auront jamais de fin (…) L’amour que nous portons à la Majesté Divine, ne se reconnaît pas tant par les choses qui sont faites que dans le fait de souffrir et supporter quelque chose de difficile pour Lui. »

(Testament spirituel, II partie, Tourmenté par diverses afflictions pp. 176-177)

26-Un temps d’épreuve

L’installation dans la maison de Saint-Jean-le-Vieux le 11 juillet 1599, après s’être placé sous le haut patronnage de saint Jean-Baptiste, César et sa congrégation eurent à souffrir de violentes persécutions.
Il y avait la persécution de la parole : inutilité d’une nouvelle fondation ; une prédication trop simple qui n’honorerait pas la foi chrétienne ; des méthodes accusées de ressembler à celle de Luther et de Calvin, répandant comme eux des erreurs... Médisances, calomnies, mensonges... tout était bon pour faire du mal à la congrégation, pour la faire disparaître. En outre, d’aucuns dénoncèrent l’illégitimité de la possession de leur maison, allant jusqu’au procès, à Avignon et à Rome.

César qui avait était considéré comme un saint, était accusé d’être un voleur ; les églises et exercices des doctrinaires étaient désertées ; les vocations se faisaient plus rares : ils étaient passés de l’acclamation des Rameaux au prétoire ! César vivait tout cela avec sérénité et gardait une invicible espérance. Avec le temps, les jalousies et les peurs se dissipèrent, et la congrégation put reprendre son oeuvre

Courage ! Nous ne sommes pas encore au bout de nos peines, mais la victoire viendra... En ce moment, c’est l’heure du Prince des ténèbres. Bientôt apparaîtra l’aurore de la Résurrection. Vivons dans la patience... notre Institut ayant pou base l’esprit et l’amour de la croix, doit être considéré, évidemment, comme une folie ! Le disciple n’est pas au-dessus du Maître !... Jésus est avec nous et Il nous conduira au triomphe quand nous aurons assez souffert pour sa gloire »

(Le Vénérable César de Bus, Giloteaux, p. 1666)

27 - Organisation de la Congrégation

Comme toute fondation dans l’Eglise, établie dans une grâce particulière de l’Esprit-Saint donnée à un personne, établie dans un charisme personnel et individuel, avec les disciples et le développement, il est nécessaire de donner à cette grâce une stabilité, un cadre qui lui permette de s’étendre et de durer.
Avec la multiplication des disciples, des maisons et des missions, se firent jour aussi des dissenssions quant à la manière de faire et de vivre.

Aussi, une assemblée générale se tint le 13 juin 1601 à Saint-Jean-le-Vieux, à Avignon. Pour César de Bus, il n’y avait pas d’autre besoin que les préceptes et conseils évangéliques pour assurer la vie commune et la mission, l’essentiel étant l’enseignement de la Doctrine chrétienne, mission à laquelle tout le reste est ordonné.

Outre le ferme propos de demeurer dans la congrégation et de garder la vie commune, trois vertus semblaient essentielles à César de Bus et propres à distinguer les doctrinaires : l’esprit d’abnégation, c’est-à-dire de renoncement à soi-même et au monde pour les besoins de la mission ; l’esprit d’humilité, de façon à avoir le souci des plus pauvres et des plus petits, pour les enseigner de la manière la plus simple et la plus familière ; l’esprit de charité, qui permet de combattre tout amour propre, pour laisser la place au Seigneur Jésus dans les cœurs et dans les âmes.

Au cours d’une deuxième assemblée générale, malgré l’opposition de Jean-Baptiste de Romillon qui se séparera de la Congrégation et fondera l’Oratoire de Provence à Aix-en-Provence, César de Bus conduisit les prêtres à s’engager par la profession simple du vœu d’obéissance, lequel comprenait aussi ceux de chasteté et de pauvreté. Ainsi, cette congrégation de prêtres séculiers, devenait une congrégation religieuse.

« Représentez vous le bonheur de ceux qui obéissent au Vicaire du Christ, en raison de l’amour qu’ils ont de Dieu, parce qu’ils se trouvent ainsi universellement libres des suggestions de toutes les créatures ; parce qu’eux, au lieu des mille tyrans que supportent les autres, n’ont en lui qu’un doux et charitable Père, Maître et Seigneur....C’est vrai, il n’y a que celui qui obéit parfaitement à Dieu que les hommes laissent vivre en liberté. Oh ! Combien cela est un changement heureux ! Mais pour acquérir cette sainte liberté... il est nécessaire que vous vous confiez entre les mains de vos supérieurs. »

(Testament spirituel, De l’obéissance, Part. II, ens. XIII, p. 171)

28- Extension de la congrégation

Quelles que soient les épreuves et difficultés rencontrés par César et ses compagnons, quelles que soient les critiques et calomnies dont ils furent l’objet, leur renommée fut plus forte, et les fruits de leur mission le meilleur gage de leur valeur.

Aussi, lorsque l’évêque de Toulouse vint à passer à Avignon, ayant assisté aux instructions des pères de la Doctrine Chrétienne, il insista pour que ceux établissent un communauté dans sa ville épiscopale. Rapidement, leurs résultats furent tels, qu’ils furent appelés à Brive. « Leur parole était partout appréciée et leurs conseils recherchés avec empressement ».

Le cardinal Pierre de Bérulle vint consulter César de Bus pour l’aider à mettre en œuvre son projet de congrégation de prêtres, en vue d’annoncer à toute la terre les desseins de Jésus-Christ et de relever le clergé de l’avilissement dans lequel l’avaient fait tomber les vicissitudes des temps. Saisi par la sainteté de César de Bus, et encouragé par ce dernier, Pierre de Bérulle fonda l’Oratoire de France en 1611.

« Je n’ai point voulu d’autre école que le mont de Calvaire, ni d’autre Maître que le Crucifié, ni d’autre livre que l’arbre de la croix ; d’autant qu’il n’y a chose aucune en laquelle on puisse plus apprendre qu’en la Passion du Fils de Dieu. »

(Instructions, leçon XIV, p. 328)

29-Les épreuves, les grâces et la mort

Quelques semaines avant sa mort, César fut délivré des terribles tentations charnelles qui le torturèrent violemment tout au long de sa vie, pour autant, les épreuves ne cessèrent pas. En effet, il connut de douloureuses et éprouvantes peines physiques. Il ne pouvait plus boire ni se nourrir normalement, et subissait des assauts diaboliques qui malmenaient son corps. Toutefois, César demeurait moralement et spirituellement fort, acceptant ces épreuves dans la foi, et accueillant dans l’action de grâce les consolations que le Seigneur lui accordait dans ce contexte. Jamais il ne perdit sa confiance en Dieu.

Le père Larme, entré récemment et providentiellement dans la congrégation, qui lui servait d’infirmier, fut témoin indirect de ces grâces particulières et surnaturelles reçues par César de Bus. Celui-ci n’en voulait pas parler, estimant que ses seules richesses étaient sa pauvreté et son péché.

Malgré tout, César savait sa fin proche, et il voulait se préparer à cela : « Je vous certifie que si l’on ne se prépare pas quand il est encore temps, on s’expose à le mal faire au moment de la mort, car on le fait alors plus par nécesssité que par volonté ». Il demanda à recevoir le sacrement des malades et l’eucharistie. Il voulu être dépouillé de tout vêtement, déclarant : « je veux mourir nu à l’imitation de mon Sauveur ! » et de poursuivre : « Voici que j’ai tout quitté pour vous suivre ! Je suis satisfait d’être dépouillé de tout ce qui était à ma garde. C’est très glorieux pour moi ! ».César vivait ces instants avec une grande sérénité et une vraie joie spirituelle, malgré les souffrances et les douleurs : « il faut mourir et mourir gaiement ! ».

César avait renoncé à sa charge de Supérieur Général, et le père Sisoine fut désigné pour lui succéder. Fort de ce que César avait lui-même déclaré à ses fils, comme un testament spirituel : « faites grand cas de l’obéissance et n’espérez rien faire de bien en dehors d’elle », le père Sisoine lui demande de faire le récit des grâces qu’il avait reçu pendant sa vie. Malgré sa réticence à le faire, il lui déclara, le Vendredi Saint, que la première grâce qui lui fut donnée était celle de la tendre et affectueuse dévotion à la Mère de Dieu.

Le jour de Pâques, le 15 avril 1607, César de Bus rendait son âme à Dieu, entouré des pères de la Congrégation. Il fut heureux que cet homme de Dieu, qui avait tout au long de sa vie vouée une dévotion particulière à la Passion de Notre Seigneur, rendit son âme en ce jour de la Résurrection, et plus que le signe d’une grâce, c’est un enseignement et un motif d’espérance. Avant de mourir, très affaibli, sa prière, répétitive, s’exprimait par ces mots : « O mon Dieu ! O mon Dieu ! O bon Jésus, soyez mon Sauveur ! ». Et c’est en prononçant le nom de Jésus qui rendit l’esprit. Il avait 63 ans.

« C’est une grande consolation, que de souffrir uniquement par amour pour Dieu. Je n’avais pu y parvenir. Je le désire maintenant avec ardeur. La récompense que Dieu en donne est si grand qu’on ne peut l’exprimer. Personne nep eut la désirer sans la connaître et celui qui l’expériment ne peut faire autrement que de la souhaiter toujours plus véhémentement. Quand nous en jouirons, nous reconnaîtrons que toutes les afflications de ce monde n’étaient rien en comparaison de la gloire future qui nous sera révélée ! »

(Le vénérable César de Bus, Giloteaux, 1961, p. 211)

30-Les témoignages des reconnaissance

Cet homme a marqué ses contemporains par ses qualités humaines et spirituelles, au-delà de la fragilité de son corps souvent victime de la maladie et des conditions éprouvantes auxquelles il le soumettait. En quelques mots, le père Giloteaux trace le portrait de celui qui fut très tôt considéré comme un saint : « un esprit... qui se conrétise par la pratique intensive de l’humilité et de la charité, dominée par l’amour de la croix. En effet, vivant profondément d’amour et de sacrifice, il avait compris que c’est au pied de la croix de Jésus qu’il faut se tenir avec Marie saint Jean et les Saintes Femmes, si l’on veut, au point de vue apostolique s’unir à son acte sauveur » (p.219).

Au moment de sa mort, les témoignages des plus hauts dignitaires de l’Eglise – évêques, archevêques, cardinaux-, ne manquèrent pas de lui rendre hommage : un saint est mort ! Fameux en sainteté par la pratique de toutes les vertus ; archi-saint !. En une expression, ils ont exprimé leur reconnaissance pour ce qu’ils ont reçu de César de Bus.

Le Père Nicolas Leau, prieur de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon déclarait : « je l’écoutais comme un ange du ciel. Après nos conversations, je notais ses paroles et je confesse, à ma grande confusion, que je n’ai commencé à savoir comment on doit servir Dieu, qu’après avoir fait sa connaissance ! ». Le père Suffren, un jésuite qui avait préché avec lui à Avignon, disait : « je ne m’entretenais jamais avec lui, sans me sentir brûler d’un feu dévorant, que ses paroles allumaient en mon cœur et cela parfois durant plusieurs semaines ou plusieurs mois ». Lorsque saint François de Sales, en visite à Avignon en novembre 1622, est venu à la maison des doctrinaires, il ne voulut pas dire la messe pour les défunts : « Je veux dire la messe de Confesseurs ! Le Père de Bus était un saint et je tiens à remercier le Seigneur des grâces qu’il lui a accordées ».

Tant de témoignages nous conduisent, aujourd’hui encore, à nous placer sous son regard, sa conduite, nous confier à sa prière, à son intercession, à sa prière.

« Je suis d’avis et je vous conseille de vous chercher quelque prêtre sage et plein de dévotion, pour vous conduire et guider.... vous lui ferez découvrir tous les méandres de votre cœur, et vous lui confierez amplement tout ce qui ce qu’il y a de plus caché dans votre âme. Vous lui dévoilerez toutes vos infirmités spirituelles, les tentations et intentions, comme vous le feriez pour les infirmités et indispositions corporelles. Recevez ses avis comme ceux d’un ange, et ne craignez rien, parce que Dieu, que vous reconnaissez en lui, ne permettra pas que vous soyez trompé »

(Testament, Ia pars, enseignement XXVIIII, p.45)

31 - Le charisme de prophétie

Les charismes sont ces dons de Dieu particuliers, qui dépassent et surpassent la nature humaine, qui distinguent une personne en lui donnant une place, une mission à part. Et les fruits de ces charismes, dans la vie d’une personne, sont comme la marque, la signature et le gage de la grâce de Dieu.

Le charisme de prophétie, c’est-à-dire de connaissance de ce qui est caché, César de Bus l’a exercé en particulier dans la confession, en ayant une capacité à sonder les cœurs, à découvrir et faire connaître aux pénitents leurs péchés, et ainsi les conduire dans la voie du salut et de la sainteté.

Un jour, un religieux obsédé par une tentation qui lui faisait honte et lui pesait, vint trouver César de Bus pour se confesser. Toutefois, saisi par la honte, il n’osait pas avouer son tourment. Or, César de Bus, sans que le pénitent n’ait rien dit, commença une exhortation précisément sur le thème qui intéressait le religieux, expliquant comment échapper à ce genre de tentation. Le pénitent, libéré de sa peur et saisi d’admiration et de reconnaissance déclara : « Je remercie la bonté divine de votre charité, par laquelle je me sens libéré des mes angoisses, que je n’osais manifester à personne ».C’est ainsi qu’il délivra de nombreuses âmes de leurs inquiétudes, tourments et angoisses qui les paralysaient, et qu’il les conduisit sur le chemin de la liberté et de la joie chrétienne.

Ce charisme le conduisit aussi à présager des événements à venir. C’est ainsi qu’il avait prévenu le cardinal de Joyeuse d’un terrible combat qu’il aurait à mener, et l’encouragea à s’y préparer. Plus encore, alors qu’on lui parlait de celui qui allait devenir le père Sidoine et qui était encore dans le monde et marié, il déclara : « Cet homme perdra bientôt sa femme, se fera prêtre et entrera dans notre congrégation ». Grâce à ce charisme il encouragea ses confrères venus rejoindre la congrégation, en les préparant aux épreuves et attaques qu’elle devait connaître, mais aussi en les affermissant en leur annonçant joies, réussites et victoires dans l’apostolat.

« Parmi tout les dévotions que vous devez bien établir dans votre cœur, après celle de la Très Sainte Trinité et celle de l’Humanité de Jésus-Christ, il y a : celle du Très Saint Sacrement de l’autel, celle de la Passion de notre doux Sauveur, celle de la Vierge sainte, suivie de celle de saint Joseph et de votre Ange Gardien.

La première, parce que vous trouverez dans cet Auguste Sacrement tout ce qui se peut désirer en cette vie, en tant qu’il contient tout ce qui pour nous doit être toute chose, c’est-à-dire Dieu incarné.

La deuxième, parce qu’en ce mystère, vous verrez comme dans un grand tableau, toutes les perfections et vertus imitables du Fils de Dieu.

La troisième, parce que la Sainte Vierge est dispensatrice de toute don parfait qui vient du Père des Lumières.

La quatrième et dernière, parce que vous seriez sans elle, ingrat et méprisant, en ayant eu saint Joseph et votre Ange Gardien, pour vous préserver de mille dangers du corps et de l’âme, du jour de votre naissance jusqu’à aujourd’hui »

(Testament, Ia pars, enseignement L, p.74)

32-Le don des miracles

César de Bus eu ce charisme des miracles, non seulement au cours de sa vie, en particulier au moment de sa mort, et après. Plus de 200 miracles ont été déclarés, dont certains ont permis la guérison de personnes ayant des problèmes de vue.

Ils furent nombreux à venir solliciter l’intercession et la prière du bienheureux César de Bus pour obtenir une guérison ou un soulagement de leurs souffrances. Parmi eux, citons l’exemple du jeune Jean Aubarry, natif d’Avignon. A 12 ans, il avait à la main gauche une plaie incurable que les médecins n’étaient pas parvenus à guérir. Se rendant un jour à l’église de Saint-Jean-le-Vieux, il rencontra César qui, en l’invitant à la confiance, fit un signe de croix sur la main qui fut immédiatement guérie !

Jacques Orlanda était obligé de se déplacer avec des béquilles à cause d’une sciatique qui le faisait souffrir depuis plusieurs années, sans qu’aucun remède habituel n’ait pu le soulager. Il se rendit aux funérailles de César de Bus, à l’invitation d’un ami. Il passa un mouchoir sur le visage endormi de César, et passa ce mouchoir sur ses jambes, et à l’instant, il en ressenti un allègement de son mal. Après plusieurs jours, il était guéri et marcha librement tout le reste de sa vie.

A l’âge de 16 ans, la veuve Canant, était venue prier à l’église de Saint-Jean-le-Vieux, pour se recueillir sur la tombe de César. Or, elle fut distraite par la beauté d’un jeune homme qui passait par là. Troublée par ses sentiments, dans sa prière, elle demanda à César de lui retirer la vue si celle-ci devait la conduire à pécher. Alors qu’elle était en très bonne santé avec une vue parfaite, sans aucun antécédent familial, le lendemain, elle avait perdu la vue. Sa mère – et toute sa famille – éplorée se confia aussi à la prière de César, et après 15 jours, subitement, elle retrouva la vue.

« Pensez que ce petit mal que vous supportez est plutôt le remède d’un mal, qu’un mal vrai et réel, et que Dieu s’en sert pour vous guérir d’un autre cent fois pire, que vous ne connaissez peut-être pas, et dont il y a vraiment à se plaindre. Mais s’il s’agit d’un vrai mal du corps, c’est aussi un bien remarquable pour votre âme, si toutefois vous le supportez avec patience, parce que dans cette patience réside le mérite de nos souffrances et la maîtrise de nos âmes, ainsi que l’enseigne le Texte Sacré »

(Testament, IIa pars, 4° exercise, enseignement VIIIL, p.183)

33-La congrégation des prêtres de la Doctrine Chrétienne

Au terme de ce parcours avec le bienheureux César de Bus, il convient de dire quelques mots de l’histoire de la congrégation qu’il a fondé, sans chercher à être exhaustif.

Il s’agit de la première congrégation à vœux simples. C’est-à-dire que les membres de cette congrégation bénéficient des avantages de la vie religieuse, ans en connaître toutes les contraintes et exigences, de manière à demeurer disponible pour la mission et l’apostolat en particulier auprès des plus pauvres. Cette forme nouvelle de vie, à la manière des religieux, fut reconnue par le pape en 1592.

Toutefois, le supérieur général, conscient de la fragilité de la petite congrégation, eut le souci de l’unir à un institut plus important. Ils s’unirent ainsi enn 1616 aux Somasques, fondés par saint Jérôme Emilien, tout en conservant pour la province de France, toutes leurs caractéristiques et leur patrimoine spirituel, spécialement celui de leur fondateur.

La congrégation qui comptait alors seulement trois maisons (Avignon, Toulouse et Brive), connut une extension importante en France, favorisée par la réputation et la qualité de prédication populaire de ses prêtres. Au milieu du XVIIe siècle, la congrégation comptait une quarantaine de maisons, et cela ne fut pas sans difficulté par rapport aux Somasques. Aussi, la congrégation obtint d’être à nouveau indépendante et la rupture avec les Somasques consacrée en 1647.

Le développement de la congrégation connut un nouvel essort avec la suppression des Jésuites en 1762, l’autorisation royale d’enseigner et les privilèges qui lui furent accordés pour plus d’indépendance, notamment vis-à-vis des curés.

La congrégation eut bien sûr à subir les outrages de la Révolution française, par la confisquation des biens, la fermeture des maisons et la persécution des prêtres. En 1926 les RR.PP. Claude Bochot et Eustache Felix, martyrisé en septembre 1792, étaient béatifiés. Après la Révolution Française le supérieur général tenta en vain de rétablir la congrégation en France.

Au cours du XIXe siècle, il y eut à Cavaillon une tentative locale de reconstituer la congrégation de la Doctrine Chrétienne, qui n’eut pas de suite.

Depuis le milieu du Xxe siècle, les Doctrinaires sont revenus officiellement dans les diocèse, prenant soin des paroisses de Cheval-Blanc, Cavaillon, Robion, les Taillades, Les Vignères et continuant à faire vivre aujourd’hui le charisme de leur fondateur.

« Ne vous indignez jamais contre les pécheurs, même si par leurs habitudes ils vous semblent destables et mauvais, éprouvez plutôt pour eux de la compassion et mécontentement, considérant souvent par cela votre propre faiblesse. Priez pour eux, instruisez-les et par dessus tout, donnez leur le bon exemple. En effet, le fait de bien agir est un sermon, qui conduit doucement à bien faire ceux qui l’entendent avec les yeux. »

(Testament, IIa pars, 2° exercice, enseignement VXVII, p.141)

34- Prochaine canonisation

Le 26 mai 2020, le pape a autorisé la promulgation du décret de reconnaissance du miracle attribué au bienheureux César de Bus.

Ce miracle était présenté par la Congrégation en vue de la canonisation de César de Bus.

Il s’agit de la guérison d’une jeune fille atteinte du’une méningite avec hémorragie cérébrale. Cela est survenu en 2016, à Salernes, en Italie. Ce sont les pères de la Doctrine chrétienne de Salernes qui ont eu l’initiative de la confier à l’intercession du bienheureux César de Bus