Prédication et sollicitude pastorale

13 juin 2018

Alexandre Martin est une figure attachante et charismatique de l’histoire du clergé d’Avignon. Il est né et fut baptisé à Robion le 9 juin 1630. Après son ordination, c’est là qu’il vint célébrer sa première messe le 9 juin 1654, dans l’église même où il avait reçu la grâce du baptême. Cette date, celle de sa naissance, de son baptême, de son ordination, est restée chère à son cœur, puisque c’est le 9 juin 1666 qu’il fit bénir la chapelle de Notre-Dame-de-Sainte-Garde qu’il avait bâtie de ses mains dans sa paroisse de Saint-Didier où il resta 45 ans jusqu’à sa mort le 13 juillet 1703.

Avant de rejoindre cette paroisse en 1657, appelé par Mgr de Fortia devenu évêque de Carpentras, qui l’avait accueilli comme clerc lorsqu’il était évêque de Cavaillon, il se dévoua à la prédication, au catéchisme, en témoignant d’une grande sollicitude pastorale. Les traits essentiels et fondamentaux de cette figure sacerdotale étaient là.
Le jour de sa première messe à Robion il exprima son action de grâce : « Ô mon Dieu, ô mon Dieu ! Que de grâces, que de faveurs à ce pauvre ecclésiastique, fait ministre de Jésus-Christ ! Il doit souhaite de toute l’étendue de son âme, d’être fidèle à sa Divine Majesté, quelqu’indigne qu’il soit de ce haut ministère ». Ce sentiment d’humilité pour ce qu’il est comme homme, et de grandeur pour ce qu’il reçoit comme prêtre, aura marqué toute sa vie.

Après son ordination, il rejoignit un compagnon, à Avignon, Pons Parreau – qui devint plus tard chanoine de la collégiale de Saint-Genest, aujourd’hui disparue. Ils se devouèrent à la prédication populaire, en particulier auprès des plus pauvres, sur la place des Corps-Saints : « monsieur Martin inspirait à tous les pécheurs des sentiments de crainte de Dieu par l’onction et la force de ses discours ». La crainte n’est pas la peur, loin s’en faut, elle est l’amour qui connaissant ses faiblesses, s’en préserve pour éviter de s’éloigner et de blesser celui qu’elle aime. Sa réputation était telle que M. de Suarez, vicaire général de l’archevêque d’Avignon, lui donna les pouvoirs de confesser et de prêcher dans tout le diocèse.

A Avignon il fit la connaissance d’un groupe de prêtres, sous la conduite de M. de Tonduti, chanoine de Notre-Dame-des-Doms, qui souhaitaient s’encourager à la perfection de leur état ecclésiastique. Leur souci était de « discerner les règles d’une morale ni trop rigide, ni trop relâchée ». Cela marquera aussi la congrégation des prêtres missionnaires de Notre-Dame-de-Sainte-Garde dont il fut l’inspirateur et le précurseur, tant et si bien que ces prêtres se distingueront dans la lutte contre le jansénisme, dans toute la Provence.

Face au progrès de l’hérésie de Calvin, l’abbé Martin eut le désir de partir se présenter à l’évêque de Viviers, pour précher là où oeuvra saint François-Régis. En chemin, sollicité par un curé qui connaissait ses vertus, il demeura un an à Villleneuve, « édifiant par l’austérité de sa vie, et par la douceur de sa charité, instruisant les ignorants, volant dans tous les quartiers au secours des lus pécheurs, et opérant, avec la grâce de Dieu, les conversions les plus éclatantes ».

abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades