Lutter : pour ou contre ?

3 juin 2018

Ce n’est pas seulement l’actualité qui nous rappelle la lutte. Bien sûr, elle peut être sociale, certes, mais certains luttent aussi contre la maladie, l’injustice, la pauvreté. Toutefois, la question essentielle ne me semble pas être de se savoir si nous sommes pour ou contre la lutte, mais plus fondamentalement, de savoir pourquoi, dans quel but, ce qui motive, détermine et qualifie la lutte. Il y a ceux qui luttent contre... et ceux qui luttent pour...

Trop souvent, la lutte se limite à être contre quelque chose, une idée, quelqu’un. Trop souvent, la lutte se limite à être un rejet de ce qui nous dérange, de ce que nous ne connaissons pas, une lutte par défaut. Trop souvent la lutte n’est qu’une expression de jalousie, d’envie, de dépit. Si la lutte peut être, a priori, légitime, elle risque souvent de se figer et de se cristalliser, de devenir une habitude, une facilité, et finalement de se transformer en idéologie. Beaucoup risquent de lutter simplement par goût pour la lutte, sans savoir ni pourquoi, ni comment. Dans ce contexte, la victoire à tout prix devient un objectif. Or, dans cette logique, la violence n’est pas loin : celle des mots, celle des actes. En outre, en monopolisant toute notre énergie, notre attention, notre vie, cette lutte va nous épuiser en vain.

Ce qui est premier, dans toute lutte, c’est un choix, celui du bien, du vrai, du beau. Avant de lutter contre quelque chose, une idée ou quelqu’un, il est indispensable et vital de lutter pour un bien. Avant de nous opposer à quelqu’un, la lutte doit nous impliquer personnellement. Cela demande un investissement intellectuel personnel dans la recherche et la connaissance de ce qui est bon, juste, vrai et beau. Mais cela est insuffisant si ça ne se traduit pas par des actes, c’est-à-dire prendre les moyens d’obtenir, d’établir, de réaliser ce bien que nous avons découvert. C’est dire aussi que nous devons y investir tout ce que nous sommes, de tout cœur, non pas par défaut, par dépit, par envie ou jalousie, mais par amour. A quoi bon lutter contre quelque chose, si nous n’avons pas commencé par lutter pour un bien ?

abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades