Le sanctuaire de nos coeurs

10 mars 2018

Nous connaissons bien ce passage de l’Evangile (cf. Luc 18, 9-11) où un pharisien et un publicain se trouvent devant le temple. L’un, convaincu d’être juste, méprise les autres hommes. Le publicain, lui, se tient à distance, n’ose même pas lever les yeux vers le ciel, et se frappe la poitrine en demandant pardon pour son péché.

Quelle peut-être cette justice dont se prévaut le pharisien qui le conduit à mépriser tous les autres hommes ? Il s’établit lui-même comme le parangon de la justice et de la vertu, et c’est à cette mesure qu’il juge et condamne les autres. Ce qu’il est, ce qu’il fait est nécessairement bien. Tout ce qui n’est pas à sa mesure est mauvais. Il peut estimer avoir toutes les vertus, et cependant il est aveugle : son cœur et son esprit sont aveuglés. Il ne peut pas voir le bien ; comment le bien pourrait-il être dans son cœur et dans sa vie ? Cette attitude n’est propre ni à la droite ni à la gauche, ni aux pauvres ni aux riches, ni aux savants ni aux ignorants. Tous peuvent tomber dans ce travers, aucun ne peut prétendre y échapper. Notre monde actuel ne manque pas de ces personnes, et les réseaux sociaux, sur internet, semblent favoriser ce mépris.

Saint François de Sales nous enseigne que lorsque nous sommes troublés par l’attitude ou les paroles d’une personne, que nous avons l’impression que c’est mal, la première issue est de penser que nous nous trompons dans notre jugement. S’il n’y a aucun doute sur l’attitude et les paroles de la personne, et qu’elle veut et fait le mal, l’autre issue est d’abord d’être saisi de compassion, et de prier pour elle. En outre, que cela nous conduise d’abord à regarder notre propre cœur et son péché, de demander pardon.

C’est ce chemin qu’a emprunté le publicain. Lui est conscient de son péché qui le tient éloigné de Dieu. Ce ne sont pas les autres qu’il regarde et juge, mais son propre cœur blessé, meurtri, mendiant. Lui aussi veut entrer dans le sanctuaire, dans le Temple. Par son attitude, par son humilité, par sa prière, il frappe à la porte du véritable sanctuaire : le cœur plein d’amour et de miséricorde de Dieu.

L’évangile nous dit que seul le publicain, ce pécheur public, rentre chez lui justifié. En effet, si nous voulons entrer dans le sanctuaire du cœur de Dieu, il faut avant tout commencer par laisser entrer Dieu dans le sanctuaire de notre cœur. Le pharisien se tient droit devant le temple, et prétend avoir le droit, avoir mérité d’y entrer. Mais il se regarde lui-même et n’entend pas que quelqu’un frappe à la porte de son cœur. Le publicain, en se frappant la poitrine, entend Dieu qui, par son amour, sa miséricorde, sa grâce, frappe à la porte de son cœur et veut y établir sa demeure.

Ce temps de carême est une période opportune pour préparer le sanctuaire de notre cœur à accueillir notre Dieu qui frappe à la porte. Comme le publicain, c’est par l’humilité, la prière, la reconnaissance de notre péché que nous pouvons préparer nos cœurs, reconnaître et entendre ce Dieu plein d’amour et de tendresse, qui veut entrer et établir sa demeure.

abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades