Les XXXII bienheureuses religieuses martyres d’Orange

30 juin 2018

Lorsque notre Seigneur Jésus-Christ veut mettre en évidence que le Seigneur n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, il précise « en effet, tous vivent pour lui ». Vivre pour lui ! Voilà une belle expression de ce qu’est la vie du chrétien appelé à la sainteté. C’est le témoignage même de la vie des bienheureux et des saints que l’Eglise nous donne en exemple.

Je voudrais, dans les mois à venir, vous parler et vous faire découvrir des personnes qui ont compté et comptent dans ma vie de chrétien et dans ma vocation de prêtre. Il s’agit des 32 bienheureuses martyres d’Orange. Dans leurs vies de femmes, de chrétiennes, de religieuses, que ce soit en famille, au couvent, en prison et même jusqu’au martyre, elles ont vécu pour Dieu, vivantes pour Lui.

Toutes ces femmes sont nées et ont vécu dans une société où la foi chrétienne marque et rythme la vie quotidienne, familiale, culturelle et sociale. Ces femmes, issues de la noblesse, de la bourgeoisie ou du peuple, ont vécu la foi chrétienne sereinement dans leur famille et la société. Baptisées, elles ont reçu l’éducation humaine et chrétienne de n’importe quelle autre personne de leur temps. C’est cela qui les a conduit à vouloir consacrer leur vie à Dieu, à choisir, par amour, de vivre tout à Lui.

Et cependant, contre toute attente, en cette fin du XVIII°s survient la Révolution française qui bouleverse tout. En quelques années, de 1789 à 1793, les vœux religieux sont suspendus puis interdits, les religieux expulsés de leurs maisons et l’habit religieux interdit. La paroxysme de cette persécution est entre octobre 1793 et août 1794 : « tous les signes religieux doivent être éliminés ». Bien de nos églises, notre patrimoine même, gardent la marque de ces persécutions. Avec la loi sur les suspects de 1793, il suffit, finalement, d’être ou d’avoir été religieux pour être suspect.

Entre le 19 juin et le 26 juillet 1794, la Commission populaire d’Orange, envoie à l’échafaud 332 personnes, dont ces 32 religieuses béatifiées le 10 mai 1925. La plus jeune d’entre-elles était entrée au monastère du Saint-Sacrement de Bollène en 1788. Elle avait 18 ans. Pouvait-elle imaginer, à ce moment-là, que vivre pour Dieu, impliquerait d’aller jusqu’au martyr ? Ces religieuses venaient de différentes congrégations et communautés : 1 bénédictine de l’abbaye de Caderousse, 2 cisterciens de l’abbaye d’Avignon, 13 sacramentines du Monastère de Bollène, 16 ursulines des couvents de Bollène, Carpentras, Pont-Saint-Esprit et Sisteron.

La manière qu’elles ont eu de vivre ces événements est un véritable témoignage et un encouragement pour nous. Alors que tout semblait s’effondrer autour d’elles, face à la violence, à l’intolérance, au fanatisme, elles ont su continuer à vivre pour Dieu, avec joie, constance et amour.

1-La bienheureuse Marie-Rose

La bienheureuse sœur Marie-Rose est née Suzanne Agathe DELOYE le 4 février 1741 à Sérignan. Elle était moniale du monastère bénédictin de Notre-Dame de l’Assomption de Caderousse depuis 1760. A la fermeture du monastère en septembre 1792, elle rejoignit sa famille à Sérignan, jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée le 10 mai 1794. Elle y poursuivit sa vie simple et discrète « selon l’esprit de sa consécration religieuse malgré les contraintes imposées par les circonstances ».
Alors que sa tante l’ayant visité un vendredi à la prison et lui ayant apporté un bouillon gras, elle déclara : « Ma tante, toute ma vie j’ai fait maigre le vendredi ; ce n’est pas la veille de ma mort que je me permettrai de manquer à l’abstinence ». C’est la même qui écrivait et exhortait un neveu en 1788, en lui disant de s’appliquer à ses devoirs de chrétien, en effet, lui disait-elle : « par là tu seras heureux »
Le 5 juillet elle était condamnée, avec 13 autres accusés dont le chanoine Lusignan (coupable d’avoir célébré la messe !). Un témoin rapporte que « leur émulation à tous deux pour mourir en dignes martyrs, fut telle qu’on ne saurait dire si c’est la religieuse qui soutenait le courage du prêtre ou le prêtre qui soutenait celui de la religieuse ».
Son témoignage est celui d’une vie de fidélité simple et constante à son baptême et à sa vie chrétienne ; elle montre aussi combien la vocation consacrée et la vocation sacerdotale ont besoin l’une de l’autre et se soutiennent.

2-La bienheureuse Iphigénie de Saint-Mathieu

La bienheureuse sœur Iphigénie de Saint-Matthieu Marie du Saint-Sacrement est née Françoise Gabrielle Marie Suzanne de GAILLARD DE LAVARDENE le 23 septembre 1761 à Bollène. Elle fut baptisée le lendemain. Elle était moniale du monastère du couvent du Saint-Sacrement, fondé à Bollène en 1725. Elle avait 17 ans lorsqu’elle prit l’habit en 1779.
L’ordre des moniales du Saint-Sacrement, fondé à Marseille en 1684, par le vénérable père Antoine Le Quieu, dominicain, est voué à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, selon un esprit résumé dans leur devise « aimer pour ceux qui n’aiment pas, adorer pour ceux qui n’adorent pas, louer pour ceux qui ne louent pas ». Dans le décret d’approbation du pape Innocent XII, il est indiqué qu’elles « ont coutume de prier pour les nécessités de l’Eglise, l’augmentation de la foi catholique, et pour insinuer ou procurer l’amour de Dieu dans le coeur de ceux qui le négligent entièrement ou qui ne se mettent pas en peine d’entretenir ce feu sacré dans leurs âmes ».
A la fermeture du monastère en 1792, plutôt que de rentrer dans sa famille, elle préféra poursuivre la vie religieuse avec ses compagnes. « notre chère sœur ne s’y montrait pas moins attachée que ses compagnes les plus exercées, dans les pratiques de la vie monastique. Dans sa captivité comme dans son couvent de Bollène, elle égala en ferveur ses compagnes au milieu des exercices spirituels par lesquels elles se préparaient au martyr ».
Elle fut la deuxième religieuse à comparaître devant le tribunal qui comptait sur la fragilité de sa jeunesse, or « elle servit en quelle que sort e de modèle de courage aux autres religieuses qui devaient la suivre dans la carrière du martyre ». Lorsqu’on lui demanda si elle voulait prêter le serment de Liberté-Egalité, elle déclara : « Je refuse. J’ai fait serment à Dieu, je ne puis en être déliée par les hommes. D’ailleurs, je ne connais pas de plus glorieuse et plus douce liberté que l’accomplissement de mes vœux monastiques. Le serment que vous me demandez serait une véritable apostasie ».
Elle est condamnée et exécutée le 7 juillet 1794. Sur le chemin qui la conduit à l’échafaud, en arrivant en haut de la rue de Tourre, des témoins ont remarqué qu’elle s’inclina et se signa. La tradition rapporte que l’abbé Boussier - ou l’abbé Queyras - caché dans une maison, donnait l’absolution aux condamnés.
Le témoignage de la Bienheureuse Iphigénie est celui d’une fidélité à la parole donnée, d’un amour tendre et fidèle à la présence de Notre-Seigneur dans son Eucharistie.

3-La bienheureuse soeur Sainte-Mélanie

La bienheureuse sœur Sainte-Mélanie est née Marie-Anne, Madeleine de GUILHERMIER le 29 juin 1733 à Bollène. Elle fut baptisée le lendemain. Elle est entrée à 16 ans au couvent des Ursulines de Bollène où elle fit profession le 22 juin 1750.
L’ordre des Ursulines fut fondée par sainte Angèle Mérici, reconnues par le pape Paul III. Elles sont établies à Avignon dès 1596, et à Bollène en 1606. Cet ordre est vouée à l’éducation des jeunes filles et au soin des pauvres. La chapelle de leur couvent, à Bollène, est celle de l’hôpital local.
Après leur expulsion du couvent en octobre 1792, elle est arrêtée en avril 1794 au motif de fanatisme, pour n’avoir pas voulu prêter le serment. Elle est transférée à la prison de la Cure, à Orange. Là, les religieuses des différents ordres avaient établi un règlement commun qui leur permettait de continuer à vivre, dans ces circonstances particulières, leur vie religieuse, et en spécialement leur vie de prière, vivant de cœur et d’intention les sacrements. Les religieuses avaient été inspirées en cela par un petit document qui circulait alors, intitulé « Motif de consolation et règles de conduite pour les religieuses », écrit précisément pour aider les religieuses dans ces temps troublés.
Le 9 juillet 1794 elle est condamnée et exécutée avec 8 des 13 accusés. « les différents historiens des martyres signalent tous son courage, la force et la sérénité qu’elle manifesta autant à l’audition de la sentence de condamnation à mort que dans la marche vers la guillotine » (Les Trente-Deux religieuses martyres d’Orange, A. Reyne, D. Bréhier, Aubanel, p.272).

4-La bienheureuse soeur des Anges

La bienheureuse sœur des Anges est née Marie Anne Marguerite de ROCHER le 20 janvier 1755 à Bollène. Elle fut baptisée le lendemain. Elle est entrée à 16 ans au noviciat des Ursulines de Bollène où elle fit profession le 21 septembre 1772.
Au moment de l’expulsion, en 1792, elle se réfugia auprès de son père, âgé de 80 ans. Mais dès qu’elle apprit que plusieurs poursuivaient en clandestinité la vie religieuse, elle décida de les rejoindre après avoir reçu de son père l’avis suivant : « Ma fille, il vous est facile de vous cacher ; mais auparavant examinez bien devant Dieu, si vous ne vous écartes pas de ses desseins adorables sur vous, dans le cas qu’il vous ait destinée pour être une des victimes qui doivent apaiser sa colère, je vous dirai comme Mardochée à Esther : vous n’êtes pas sur le trône pour vous mais pour votre peuple ». C’est toute joyeuse qu’elle rejoignit ses compagnes.
En prison, un témoignage sûr atteste qu’elle s’écria devant la perspective du martyre : « Oh ! C’est trop beau ! Peut-être que ceci ne sera pas vrai ! ». De même, le 9 juillet, au moment du verdict qui la condamnait « la sœur des Anges remercia avec une grande satisfaction ses juges, de ce qu’ils lui procuraient le bonheur d’aller se réunir aux saints anges.  »

5- La bienheureuse soeur Sainte-Sophie

La bienheureuse sœur Sainte-Sophie est née Marie Gertrude de RIPERT d’ALAUZIER le 15 novembre 1757 à Bollène. Elle fut baptisée le lendemain. Elle est entrée au noviciat des Ursulines de Bollène où elle fit profession le 1° août 1775.

Lors de l’expulsion de son couvent, en 1792, refusant de retourner dans sa famille, elle rejoignit ses compagnes afin de poursuivre sa vie religieuse.

Elle fut emprisonnée à la Cure, à Orange. La relation de leur martyre précise : « la veille de sa mort, à son réveil, elle se trouva inondée d’une joie extraordinaire qui lui fit verser de douces larmes. Elle s’écriait avec transport : ’Je suis dans une espèce d’extase et comme hors de moi-même, parce que j’ai la persuasion que demain je verrai mon Dieu et que je mourrai ’. Un moment après sa conscience timorée lui fit craindre que cette exclamation n’eût été accompagnée d’un mouvement d’orgueil ; elle en était si troublée qu’on duit la rassurer sur le sentiment qui l’avait inspirée. Elle fut appelée le lendemain et condamnée à mort (avec 7 des 10 accusés) pour avoir refusé de prêter le serment exigé par la loi ».

Son crime ? L’accusateur public l’exprime ainsi : « allumer la guerre civile, assassiner le peuple, faire triompher la tyrannie par le fanatisme ». La relation de Rome précise : « elle remercia ses juges du bonheur qu’ils lui procuraient et baisa la guillotine en y montant ».

​6-La bienheureuse Agnès de Jésus

La bienheureuse Agnès de Jésus est née Sylvie Agnès de ROMILLON le 15 mars 1750 et fut baptisée le même jour à Bollène. Elle était la seconde d’une fratrie de 9 enfants, dont la 4°, Jeanne, qui fut aussi religieuse, sera aussi guillotinée. Elle fit profession au couvent des Ursulines de Bollène le 11 septembre 1767.

Lorsqu’on lui demanda le serment, elle déclara : « je déclare que le refus que j’ai fait de prêter le serment qui m’a été demendé, ce refus n’a eû d’autre motif que le fond de mes opinions religieuses auquel je l’ai trouvé contraire, j’ai usé en cela du droit que m’accorde la loy de liberté d’opignons religieuses désavouant tout autre sens qu’on pourrait donner à ce refus et réclame la loy à ce sujet ».

Lorsqu’elle fut appelée à comparaître devant le tribunal, le 10 juillet, sa sœur Jeanne était en pleurs. Les historiens des martyres rapportent cet épisode : « comme autrefois le diacre Laurent s’adressant au pape Saint Sixte, celle-ci dit : comment ma sœur, vous allez au martyre sans moi ? Que ferai-je sur cette terre loin de vous ? Courage ! Lui répondit Sylvie Agnès, votre sacrifice n’est que différé ! ». Elle fut exécutée le même jour.

​7-La bienheureuse Pélagie de Saint-Jean-Baptiste

La bienheureuse Pélagie de Saint-Jean-Baptiste et du Saint-Sacrement est née Rosalie Clotilde BES le 30 juin 1752 et fut baptisée le même jour à la Baume-de-Transit.

Elle est entrée comme postulante au monastère du Saint-Sacrement de Bollène en 1772. Elle fit sa profession solennelle le 3 juin de l’année suivante.

Issue d’une famille bourgeoise, elle était assez favorable aux idées révolutionnaires. Le comité de surveillance établit sans équivoque cela dans une note à son sujet : « son caractère est doux, ses opinions ont paru patriotiques en aimant se trouver avec les patriotes, détestant les grands, chérissant l’Egalité et approuvant le nouvel ordre des choses, jusques là où ses idées religieuses se trouvaient contraires ».
Pour autant, elle sera arrêtée et emprisonnée à Orange. Il ne fit pas défaut dans sa ferveur et son observance religieuse avec ses compagnes.

Lorsqu’elle comparaît devant le tribunal, le 11 juillet 1794, accusée avec ses compagnes d’avoir « porté atteinte aux principes du gouvernement républicain en propageant le fanatisme, et excitant la guerre civile, en appelant l’anarchie et la subversion des règles établies par la Constitution...(d’avoir) constamment refusé de prêter le serment exigé par la loi », elle demeure ferme dans ses positions.
La relation de la Mère du Saint-Esprit dit que « sa conduite dans la prison fut aussi édifiante que celle de ses compagnes. Condamnée à la peine de mort pour n’avoir pas voulu prêter le serment exigé par la loi loi, ayant entendu sa sentence, elle parut transporté par l’espoir de voir finir pour elle la vie misérable de ce bas monde et commencer bientôt celle de la céleste immortalité. Le jugement était à peine prononcé que se tournant vers trois des ses compagnes condamnées avec elle à la même peine et pour la même cause, elle leur dit avec un saint enthousiasme : ’ c’est donc aujourd’hui que le céleste époux va nous admettre aux noces pour lesquelles nous n’avons fait jusqu’à présent que de bien légers sacrifices ’, et elle les embrassa ».

La relation de Rome ajoute cette précision : « elle sortit de sa poche une boîte de dragées, qu’elle distribua à toutes les condamnées comme elle : ’ce sont les bonbons de nos noces !’ ». L’abbé Guillon précise encore qu’elle montra l’anneau reçu au jour de sa profession religieuse et déclara : « voilà le gage de la promesse qui nous fut faite de notre union à Dieu, et qui va être remplie en ce moment. Allons, mes sœurs, allons ensemble au même autel que notre sang en lavant nos infidélités et en se mêlant à celui de la Victime saint, nous ouvre le portes des tabernacles éternels ».

Quel admirable témoignage plein d’espérance au milieu des épreuves, et de constance et de persévérance dans la fidélité !

​8-La bienheureuse Théotiste Marie du Saint-Sacrement

La bienheureuse Théotiste Marie du Saint-Sacrement est née Marie Elisabeth PELISSIER le 15 avril 1741 à Bollène et fut baptisée le lendemain.

Elle est entrée au monastère du Saint-Sacrement de Bollène en 1758. Elle fit sa profession solennelle, son engagement définitif le 25 juin 1759.

Dans sa relation, le Mère du Saint-Esprit dit d’elle : « C’était une de ces âmes privilégiées de la grâce. La nature l’avait aussi douée de beaucoup de talents, entre autres celui de la poésie. Elle avait une voix merveilleuse pour le chant ». Sa voie était tellement remarquable que même les geôliers lui demandèrent de chanter quelque chose !
En prison, elle avait composé un cantique Sentiment de confiance sur la guillotine. Dans un premier couple, elle porte un regard de foi sur la guillotine : « Bien loin que la guillotine/ me cause quelque frayeur,/que son aspect me chagrine/ et puisse troubler mon cœur ;/ Mon Dieu me fait voir en elle/ un moyen bien précieux,/ qui, par une voie nouvelles,/me conduit droit dans les cieux ». Dans un autre couplet, elle y exprime son espérance : « Si je crains pour ma faiblesse,/En Dieu je mets tout mon espoir ;/J’attends tout de sa tendresse,/ma force est dans son pouvoir./Il anime mon courage/En m’appelant au combat,/Ma vigueur est son ouvrage,/Oh ! Je ne m’y méprends pas. »

On retouve dans ces cantiques, mais aussi dans le témoignage des ces moniales sacramentines, ce qui fait les trois motifs de confiance, selon leur fondateur, le vénérable père Antoine Lequieu : « le premier c’est la bonté infinie de Dieu. Le second c’est la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le troisième c’est la protection de la Sainte-Vierge ».

(à télécharger : https://www.robion.paroisse84.fr/sites/robion.paroisse84.fr/IMG/pdf/cantiquesdebsetheotiste.pdfrecueil de ses cantiques qui peuvent soutenir notre prière, tirés de l’ouvrage Les Trente-Deux Religieuses Martyres d’Orange, du chanoine Reyne et de l’abbé Bréhier, chez Aubanel)

​9- La bienheureuse soeur Saint-Martin-Marie du Saint-Sacrement

La bienheureuse sœur Saint-Martin-Marie du Saint-Sacrement est née Marie-Claire BLANC le 17 janvier 1742 à Bollène et fut baptisée le même jour.

Elle est entrée au monastère du Saint-Sacrement de Bollène en 1760, et prit l’habit l’année suivante. Les moniales du Saint-Sacrement, fondées par le Vénérable père Antoine Le Quieu, dominicain, portent un habit inspiré de celui des dominicains. La tunique est noire, et le scapulaire (large bande de tissu qui descend devant et dans le dos) blanc. La guimpe qui recouvre le cou et la tête, ainsi que le voile et la cape – qu’elles portent au choeur – sont aussi blancs. Sur la poitrine et sur le bras gauche elles portent une médaille en argent frappée d’une représentation d’un ostensoir. Ce signe reprend une parole du Cantique des Cantiques : « pose-moi comme un scau sur ton cœur , comme un sceau sur ton bras. Car l’amour est fort comme la Mort » (Ct 8, 6). Elle fit profession solennelle le 5 décembre 1762.

Comme ses compagnes, elle refusa de prêter le serment requis par la loi. La Mère du Saint-Esprit reconnaît : « qu’elle avait passé 33 ans dans la vie religieuse, sa conduite régulière lui mérita la gloire de mourir pour notre sainte religion, âgée de 52 ans ».

Elle fut jugée, condamnée et excécutée le 11 juillet 1794.

10- La bienheureuse soeur Sainte-Sophie

La bienheureuse sœur Sainte-Sophie est née Marie Marguerite de BERBEGIE D’ALBAREDE le 8 octobre 1740 à Saint-Laurent-de-Carnols et fut baptisée le lendemain. Sa famille, originaire de Ganges, était protestante, et avait adopté la foi catholique le 8 avril 1738 grâce aux instructions reçues du curé de Saint-Laurent « messire Philippe de Calvière ».

Elle fut placée assez jeune comme pensionnaire chez les ursulines de Pont-Saint-Esprit, dont le monastère avait été fondé en 1610. C’est au contact de ces religieuses qu’est née sa vocation. Elle devint postulante, novice puis professe ursuline, dans les années 1762.

A la dispersion des religieuses, elle rejoignit Bollène et « s’agregea au groupe des religieuses qui refusaient d’abandonner la vie consacrée, sans espoir de retour à Pont-Saint-Esprit où l’on projetait de raser rapidement le monastère des ursulines pour en faire une place publique ».

Elle est arrêtée et emprisonnée à la Cure, à Orange, le 2 mai. Elle sera condamnée à mort avec 10 des 12 accusés jugés ce jour-là, pour avoir « porté atteinte aux principes du gouvernement républicain en propageant le fanatisme, en appelant à l’anarchie et à la subversion des règles établies... »

Au cours de ce jugement, alors qu’on leur faisait remarqué qu’il n’y avait plus de religieuses, elles ont répondu « les hommes pouvaint bien faire cesser la fonction, mais nons les empêcher d’être religieuses et qu’elles l’étaient ». Leur constance, leur fidélité, leur témoignage a conduit un prêtre, accusé avec elles, qui avait d’abord accepté de prêter le serment, à se retracter en demandant « pardon du scandale qu’il avait causé en prêtant son serment, et l’a de suite publiquement retracté ».

Elle fut jugée, condamnée et excécutée le 11 juillet 1794.

​11- La bienheureuse Rose de Saint-Xavier

La bienheureuse Rose de Saint-Xavier Marie du Saint-Sacrement est née Madeleine Thérèse TALIEU le 13 septembre 1746 à Bollène et fut baptisée le même jour.
Elle entre à 24 ans, le 21 septembre 1770, comme postulante au monastère du Saint-SAcrement de Bollène. Elle fit sa profession solennelle le 5 décembre 1771.
Elle est incarcérée à la prison de la Cure, à Orange, le 2 mai 1794, pour avoir refusé de prêter le serment exigé par la loi.
Lors du jugement, elle comparut avec 3 autres religieuses. L’accusateur public les accuse en disant : « ces quatre religieuses se sont déclarées les ennemies de la Révolution et les artisanes de la tyrannie. Elles se sont déclarées en rebellion ouverte contre le peuple souverain et l’autorité de la convention nationale, réfractaires à la loi elles ont constamment et avec obstination refusé de prêter le serment qu’elle leur prescrivait ; elles ont propagé le plus dangereux fanatisme dans l’intention d’appeler l’anarchie, d’exciter la guerre civile, d’opérer la dissolution de la représentation nationale et le renversement de la République ». La sœur Talieu est en outre accusée d’avoir « manifesté publiquement en audience le désir infâme d’avoir un roi sur le trône plutôt que le régime actuel ».
Dans sa relation, la Mère du Saint-Esprit reconnaît qu’après « avoir vécu 27 ans dans la pratique de tous ses devoirs religieux, eût le bonheur de donner sa vie pour la défense de la vérité ». Elle fut jugée, condamnée et exécutée le 12 juillet 1794.

12 - La bienheureuse soeur du Bon-Ange

La bienheureuse sœur du Bon-Ange Marie-Marthe du Saint-Sacrement est née Marie CLUZE le 5 décembre 1761 à Bouvante, près de Saint-Jean-de-Royans en Dauphiné. Elle fut baptisée le lendemain. Elle était la seconde des 7 enfants que comptera la famille.
Sa tante, Marie-Anne Béguin – la sœur de sa mère – était religieuse converse au monastère du Saint-Sacrement de Bollène sous le nomm de sœur Marie de Saint-Joachim. C’est sans doute ainsi qu’avec sa jeune soeur Marie-Louis, elle entrèrent dans cette communauté depuis leur lointain village natal (près de 130 km). 

Elle entra au couvent le 15 août 1781 et fit profession solennelle le 4 novembre 1783, comme sœur converse. Sa sœur, Marie-Louise, fera aussi profession comme sœur converse, sous le nom de sœur Madeleine de Saint-Jean le 20 février 1790. Une cousine les rejoindra, comme sœur tourière, sous le nom de sœur Sainte-Catherine. Les sœurs converses sont chargées des affaires matérielles d’une communauté, et soumises à une vie religieuse plus douce que pour les sœurs de choeur.

Le motif qui la rend suspecte ? Être religieuse, et fréquenter les « ci-devant religieuses » ! N’ayant pas voulu quitter ses compagnes après la fermeture du monastère, elle fut arrêtée et emprisonnée avec elles le 2 mai 1794 et fut condamnée et exécutée le 12 juillet de la même année.

Le récit de la Mère du Saint-Esprit, nous montre qu’elle forte personnalité pouvait avoir cette modeste religieuse : « Cette sœur était douée d’une figure des plus intéressantes ; arrivée au pied de l’échafaud le bourreau en la voyant fut épris pour elle d’un amour profane, il lui proposa de l’épouser lui promettant à ce prix de lui sauver la vie, mais notre généreuse athlette indignée d’une pareille proposition le repoussa brusquement en lui disant : bourreau fais ton devoir parce que je veux aller souper avec les anges ».

13- La bienheureuse Marie de Saint-Henri

La bienheureuse Marie de Saint-Henri est née Marguertie Eleonore de JUSTAMOND le 12 janvier 1746 à Bollène, où elle fut baptisée.
Elle est issue d’une famille noble de Bollène qui a donné de nombreux magistrats à la ville. Sa famille, très chrétienne, compte aussi plusieurs religieuse : sa tante Marie-Madeleine, qui sera aussi martyrisée, est ursuline à Pont-Saint-Esprit ; ses deux sœurs Dorothée Madeleine Françoise est ursuline à Pernes, et Madeleine Françoise cistercienne du monastère d’Avignon.

Elle entre au « Dévôt monastère de Sainte Catherine de la règle du glorieux patriarche Saint Benoit et de l’ordre de Saint Bernard de Citeaux » où elle est reçue comme novice le 29 décembre 1764. Ce monastère, fondé en 1254, comptait 19 moniales à la veille de la Révolution. On peut voir la façade de l’ancienne chapelle, rue sainte-Catherine, à Avignon. Elle fit profession en 1766. L’autel devant lequel elle fit profession, et sur lequel elle signa l’acte, est conservé dans la collégiale saint-Agricol, dans la chapelle du bas-côté nord.

Lorsque le monastère fut pillé en 1790, les deux sœurs rejoignirent Bollène et continuèrent leur vie régulière, malgré l’interdiction, avec les autres religieuses, en secret. Elles furent arrêtées le 2 mai 1794 et conduites à la prison de la Cure, à Orange. Elle fut condamnée comme « refractaire, contre révolutionnaire, fanatique, ayant pulbliquement manfiestée en pleine audience des opinions monarchique ».

14- la bienheureuse soeur Saint-Bernard

La bienheureuse sœur Saint-Bernard est née Jeanne de ROMILLON le 2 juillet 1753 à Bollène et baptisée le même jour.

Elle était la quatrième d’une fratrie de 9 enfants. Sa sœur cadette, Sylvie Agnès de Romillon, religieuse ursuline de Bollène, avait été exécutée deux jours avant elle. Jeanne est elle aussi devenue religieuse ursuline, à Pont-Saint-Esprit. Lorsque leur couvent fut fermé, avec Mère de Saint-Régis, sa supérieure, elles rejoignirent les sœurs qui à Bollène poursuivaient clandestinement leur vie religieuse, et ce jusqu’à leur arrestation le 22 avril 1794. Le 2 mai, elle était emprisonnée à Orange.

Lors du jugement de sa sœur, elle se lamentait de la voir partir seule, sans elle. Depuis longtemps, elle faisait une demande à la Vierge-Marie, dans sa prière, celle de quitter ce monde un samedi, jour consacrée à Notre-Dame. Et de fait, c’est un samedi, le 12 juillet 1794 qu’elle comparut et fut condamnée.

Au moment de l’exécution, la foule criait « vive la Nation », ce à quoi la bienheureuse sœur Saint-Bernard répondit : « oui, je dis comme vous et avec plus de justice que vous : Vive la Nation ! Qui me procure en ce beau jour la grâce du martyre. »

Une fois encore, quelle fut sa faute ? Lorsque le tribunal leur demandait si elles acceptaient de prêter serment, et qu’elles répondirent que celui-ci était contre leur conscience, la conclusion du tribunal était claire : « les 4 béates … avaient donc une une conscience ennemie du peuple souverain et qu’il constait de leur conduite qu’elles préféraient l’esclavage à voir le roy sur son trône qu’une Convention nationale » . IL est nous est difficile de prendre la mesure de ce que fut ce tribunal dit populaire. Pour le mieux comprendre, il n’est qu’à lire ce que l’un des juges reprochait à son confrère.. il lui reprochait, pour son jugement, d’exiger des preuves !

Ce 12 juillet 1794, 12 accusés ont comparu : Pierre Joseph Tissot, greffier de Justice et de Paix, Pierre et Joseph Canneur, cordonniers, Honoré et Jean-Pierre Marquis, journaliers, Jean Baptiste Reboul, journalier, Thomas Barnier, cultivateur, et quatre religieuses. Ce sont des hommes et des femmes du peuple qui furent jugés et condamnés par ce tribunal qui se réclamait de ce même peuple.

15- La bienheureuse soeur Saint-François

La bienheureuse sœur Saint-François est née Marie-Anne LAMBERT le 17 août 1742 à Pierrelatte et baptisée le même jour. Son père était marchand-drapier.

Elle fit profession comme sœur converse chez le Ursulines de Bollène le 18 novembre 1765.

Etant absente lors de l’arrestation le 10 juin, un mandat d’arrêt fut lancé, et elle fut arrêtée le 12 juin 1794. Elle fut emprisonnée à la Cure avec les autres religieuses.

 Leur vie y était rythmée par la prière. La journée commençait à 5 h du matin par une heure d’oraison, la prière de l’office, les prières de la messe. A 8 h, elles récitaient les litanies des Saints. Elles se préparaient ensuite à la mort, par la prière des agonisants. Elle recevaient d’intention la communion, le sacrement de l’extrême-onction. Elles renouvellaient les vœux de leur baptême et de leur profession religieuse. Vers 9 h, celles qui étaient appelées allaient au tribunal, les autres priaient pour elles en disant les litanies de la Vierge, 1000 Ave Maria et le paroles de Jésus en croix. Aucune ne revenait du tribunal, mais elles allaient à la prison du Cirque pour attendre l’éxécution. Vers 6 h du soir, après avoir dit l’office, sachant que c’était l’heure des exécutions, elles rendaient grâce à Dieu par la prière du psaume Laudate Dominum.Plus qu’une vie de prière intense, elles ont donné l’exemple d’une vie chrétienne et sacramentelle héroïque.

Comme les autres, la bienheureuse sœur Saint-François fut condamnée pour n’avoir pas prêté le serment.

​16- La bienheureuse Madeleine de la Mère de Dieu

La bienheureuse Madeleine de la Mère de Dieu Marie du Saint-Sacrement est née Elisabeth VERCHIERE le 2 janvier 1769 à Bollène et baptisée le lendemain.

Elle est entrée au monastère du Saint-Sacrement le 1° novembre 1789, elle fit profession solennelle le 21 février 1790.

Son neveu rapporte ce témoignage : « A la sortie de son couvent, elle vint d’abord se retirer dans la maison paternelle. Mon père m’a souvent dit que ses parents auraient voulu qu’elle fût se cacher au loin, mais elle préféra rester à Bollène, pour partager le sort de ses compagnes, et elle rejoignit ses compagnes qui vivaient dans un maison à Bollène.… plus tard, on la mena à Orange dans une charrette où elles étaient cinq (...). Mon père me racontait, que de temps en temps, il allait à Orange, porter des provisions pour la nourriture de sa soeur, parce que leurs familles devaient les nourrir, et qu’un jour, sa soeur prévoyant que sont tour d’être guilllotinée arriverait bientôt, elle avait fait dire à son père de venir chercher ses effets... ».

Il est étonnant de constater qu’il revenait aux familles de pourvoir à la nourriture des prisonniers. En effet, rien n’avait été prévu par le tribunal à cet égard. Cela pourrait passer pour une négligence de détail dans l’organisation et la mise en place rapide de ce tribunal. Or, et cela est significatif des intentions du tribunal, puisqu’en revanche, tout avait été prévu avec beaucoup de précision quant à l’inhumation des victimes : recherche et aquisition d’un terrain idoine, creusement de 8 fosses pouvant contenir chacune 100 corps, l’achat et le stockage de la chaux vive... L’intention du juge Maignet, rapporté par un de ses amis, est claire : « il faut purger la terre ». Le même Maignet annonçait que « suivant les apparences, il tombera plus de trois milles têtes dans ce département ».

La bienheureuse Madeleine fut jugée et exécutée le 13 juillet 1794.

17- La bienheureuse soeur Saint-Alexis

La bienheureuse sœur Saint-Alexis Marie du Saint-Sacrement est née Anne André MINUTTE le 4 février 1740 à Sérignan et baptisée le jour-même.

Elle est entrée au monastère du Saint-Sacrement de Bollène le 21 novembre 1759, où elle fit profession solennelle le 26 mai 1761.
A la fermeture de son monastère, elle dut rentrer dans sa famille à Sérignan. Avec les sœurs Deloye et Faurie, elle refusa de prêter le serment, et comme elles, fut arrêtée et emprisonnée à la prison de la Cure, à Orange. Là, elle retrouva ses compagnes sacramentines.

La relation de la Mère du Saint-Esprit écrit à son égard : « sa mort fut aussi édifiante que courageause. Elle était âgée de 54 ans et demi et elle en avait passé 34 dans la vie religieuse ».

​18 - La bienheureuse soeur de l’Annonciation

La bienheureuse sœur de l’Annonciation de Saint-Joseph, Marie du Saint-Sacrement est née Thérèse Henriette FAURIE le 13 février 1770 à Sérignan où elle fut baptisée le lendemain.

A l’âge de 18 ans et 3 mois, elle entre comme postulante au monastère du Saint-Sacrement de Bollène, le 22 mai 1788. Elle fit sa profession solennelle le 17 novembre de l’année suivante. « s’engager ainsi en pleine Révolution, alors que les signes les plus alarmants de ours d’épreuve se multipliaient, supposait une grande foi, de solides convictions et une grande résolution » commentent Mgr André Reyne et le chanoine Bréhier dans leur livre.

Son propre père, suspect, est déjà arrêté et emprisonné à Orange, lorsqu’à la fermeture de son couvent la sœur de l’Annonciation rejoint sa maison natale où sont sa mère et ses deux sœurs. « un soir, comme la mère et la fille étaient à faire leur prière, elles entendirent des coups précipités à la port de lur maison. La vieille femme se leva effrayée, tandis que Madeleine courant à la port : ’Qui est-ce ? S’écria-t-elle. Moi, Henriette... ouvre vite, répondit une voix faible ». Une fois entrée, après avoir salué les siens, elle ajouta « notre couvent vient d’être fermé, toutes nos sœurs se sont dispersées... et j’arrive sans avoir eu le temps de vous prévenir... hier on a voulu me faire prêter serment... j’ai refusé... je sais le sort qui m’attend... que la volonté de Dieu soit faite ».

Malgré les insistances de son père, Henriette refusa de prêter le serment, et ainsi fut mise en état d’arrestation le 10 mai. Sur l’insistance de sa famille à la cacher, elle répondit : « Non, la plupart de mes sœurs sont en prison, mon devoir est de les y suivre. Je veux partager le sort de mon père ». Lorsqu’on vint l’arrêter, après avoir entendu les soldats, elle se leva et s’adressant à sa sœur déclara : « s’il faut savoir vivre pour Dieu, il faut aussi savoir mourir pour lui. Prie pour moi et console notre mère ».

Devant le tribunal, touché par sa jeunesse, elle montra la même résolution : « j’ai fait serment à Dieu, je n’en prêterai pas d’autre ». Condamnée, elle allait à l’échafaud avec ses compagnes en priant les litanies de la Vierge Marie. Une dernière fois, le bourreau l’engagea à prêter serment pour venir dîner avec eux, elle répondit : « Ce soir, je souperai avec les anges ».

Sa sœur Madeleine était à nouveau venue à Orange, comme chaque jour, pour apporter de la nourriture à son père et sa sœur, et elle assista par hasard à l’exécution de cette dernière. Lorsque la sœur de l’Annonciation la vit, elle lui cria : « Adieu, Madeleine, embrasse notre mère... au revoir dans les cieux où je vais t’attendre ». Madeleine donnera plus tard naissance à un fils Henri Faraud, le 17 juin 1823, qui deviendra prêtre missionnaire oblat de Marie-Immaculée, évêque d’Annemour et vicaire apostolique d’Athabaska Mackenzie au Canada.

19- la bienheureuse soeur Sainte-Françoise DEPEYRE

La bienheureuse sœur Sainte-Françoise est née Marie-Anne DEPEYRE le 2 octobre 1756 à Tulette et fut baptisée le lendemain.

Marie-Anne, d’une grande piété, faisait partie des confréries du Saint-Rosaire – avec l’engagement de dire chaque jour le chapelet à 14 h – et de Notre-Dame-de-Pitié qui rassemblait chaque dimanche les jeunes filles. Ainsi préparée, elle entra au couvent des Ursulines de Carpentras en 1781, en qualité de sœur converse.

A la fermeture du couvent le 18 septembre 1792, elle revint à Tulette, continuant à vivre sa consécration religieuse « sa principale occupation était de visiter et consoler les malades, de les disposer au repentir de leurs fautes et à la réception des derniers sacrement de la main d’un prêtre insermenté. A ces devoirs de charité elle joignait la prière, et ne craignait pas de se montrer dans les oratoires qu’elle avait autrefois coutume de fréquenter. Dans l’ardeur de sa foi, elle courait au martyre, et Dieu, par des grâces extraordinaires l’encourageait à se préparer au grand sacrifice. », affirme le chanoine Isnard, son biographe.

En effet, Marie-Anne connut des grâces particulières. Un témoin a raconté qu’étant en promenade avec elle, elle la vit élévée à un mètre du sol s’écriant « Silence, ma fille, écoutez les douces harmonies de la cour céleste … que le ciel est beau » et l’extase cessa. Une fois encore, alors qu’elle était emprisonnée, elle connut une grâce surnaturelle au cours de laquelle le Seigneur s’adressa à elle. Le geolier même fut témoin des douces lumières qui ont entouré cette apparition.

Elle fut conduite à la prison d’Orange, et lorsqu’arrivèrent les religieuses de Bollène, elle aurait déclaré : « Ô mes chères sœurs, quel beau jour que celui qui se prépare. Demain les portes du ciel s’ouvriront pour nous et nous irons jouïr de la félicité des saints. Quel bonheur, nous allons voir notre époux »

Avant d’être exécutée, le 13 juillet 1794, elle remit son cilice à Marie-Anne Boudon en disant : « mes plus beaux joyaux ont échappé à la rapacité de mes juges ; prends-les tu en seras l’héritière ». Pour éviter les outrages indignes auxquels se livraient les bourreaux, elle avait cousu ses habits en forme de caleçon. Cela en apprend autant sur sa délicatesse que sur l’ignominie de ses bourreaux.

​20- La bienheureuse soeur Saint-Gervais de ROQUARD

La bienheureuse sœur Sainte-Gervais est née Marie Anastasie de ROQUARD le 5 octobre 1749 à Bollène et fut baptisée le même jour.

Dès l’âge de 17 ans, elle est entrée au couvent des Ursulines de Bollène. Elle en était la supérieure lorsque la Révolution arriva à Bollène. A la fermeture du couvent, elle rassembla ses filles en plusieurs maisons, pour continuer à vivre leur vie consacrée. Elle continua ainsi à prendre soin de ses sœurs dans cette période troublée.

Elle fut mise en arrestation le 17 avril 1794 et le 2 mai, avec d’autres religieuses, elle était transférée à la prison de la Cure, à Orange. Dans l’ouvrage qui est consacré aux bienheureuses martyres, les auteurs précisent « le rayonnement de sa piété, le respect qu’inspirait à toutes sa dignité de Supérieure firent choisir la Mère Saint-Gervais de Roquard comme l’unique Mère de ces religieuses provenant de différents ordres ».

Au moment du jugement, elle demeura ferme dans son refus de prêter le serment exigé par la loi. Sans surprise, elle fut condamnée. En montant à l’échafaud, elle chantait les litanies de la Sainte-Vierge avec ses cinq compagnes.

Le compte-rendu du jugement indique « les six béates interpellé de déclarer leurs qualités ont répondu religieuses, a elle observé que la loi avait dissous toutes congrégations et corporations, elles ont encore répondu qu’il n’était pas au pouvoir des hommes de les empêcher d’être religieuse ; interrogées sur les motifs de non prestation du serment, ont répondu qu’il était contre leur conscience et leurs vœux. A elles observé que parmi les vœux se trouvait celui de l’obéissance, que Saint Paul lui même avait dit en rapportant les paroles du Christ qu’on devait obéir au souverain même injuste, et qu’ainsi leur refus de serment pourrait bien être considéré comme une révolte envers le peuple souverain, elles ont répondu les unes qu’il y avait plus de souverain, qu’on l’avait tué il y a environ deux ans et que c’était affreux de voir 600 rois ».

21 - La bienheureuse Aimée de Jésus de GORDON 

0La bienheureuse Aimée de Jésus-Marie du Saint-Sacrement est née Marie-Rose de GORDON le 29 septembre 1733 à Mondragon et fut baptisée le lendemain. Par sa mère, elle était apparentée à la bienheureuse Iphigénie de Saint-Matthieu.
Après le décès de sa mère, elle fut confiée aux sacramentines de Bollène qui avaient un pensionnat de jeunes filles. A 18 ans, en 1751, elle recût l’habit des moniales du Saint-Sacrement., et l’année suivante elle fit profession solennelle. Elle fut désignée comme assistante et coadjutrice de la supérieure, charge qui réclame, selon les constitutions de l’ordre, une grande sagesse, de la prudence, du zèle, d’être exemplaire « en un mot l’Assistante aura généralement tout le soin que la Supérieure doit avoir dans la Maison ».
Après la fermeture du monastère et leur dispersion, elle assura auprès des sœurs la responsabilité de la supérieure. La Mère du Saint-Esprit écrit : « La sœur Aimée de Jésus (…) vivant en communauté avec ses soeurs dans une petite maison qu’elles avaient louée, elle continua sa charge auprès d’elles et leur servit de mère, surtout depuis qu’elles furent privée de la présence de la RM de la Fare ; elle les encourageait et les consolait dans leurs peines, tâchait de leur être utile en toutes choses, après une vie remplie de mérites et de vertus (…) elle eut le bonheur d’offrir au Seigneur le sacrifice de son sang et de sa vie à l’âge de 60 ans »
Elle fut condamnée et exécutée le 16 juillet 1794 avec 6 autres religieuses.

22 - La bienheureuse Marie de Jésus de la Conception du Saint-Sacrement CHARRANSOL

La bienheureuse Marie de Jésus de la Conception du Saint-Sacrement est née Marie-Thérèse CHARRANSOL le 27 février 1758 à Richerenches.

Elle fut placée en pension au monastère du Saint-Sacrement de Bollène en 1771, elle avait 13 ans.

C’est dans la ferveur de ce monastère, dans la fréquentation des religieuses, que naquit et grandit son désir de devenir elle aussi religieuse, même si ce projet lui causait de légitimes inquiétudes. Une sœur lui écrit en 1777 « Que le bon Dieu vous a fait de gra^ces de vous avoir choisir parmi un gran d nombre pour être son Epouse, surtout une de ses adoratrices. Convevs bien le bonheur de cest état, être destinée particulièrement pour aimer et adorer Jésus au Saint Sacrement et le dédommager du peu d’amour que le monde a pour lui. Soyés fidelle de communier souvent, car c’est le soutien de notre foiblesse et vous avés besoin de force » (sic.)

Elle entre comme postulante en juillet 1780, et reçoit l’habit en novembre. A la même époque, dans une lettre à sa sœur, elle écrit : « Loué soit le Très Saint Sacrement... Il me semble avoir porté l’habit de religieuse toute ma vie » qui montre combien son désir de devenir religieuse et de se consacrer à Dieu est profondément ancré dans sa vie et son cœur. Cela, les révolutionnaires, malgré leur haine et leur violence, ne pourront ni l’arracher, ni le détruire.

Lors de la fermeture du convent, elle reste fidèle et demeure avec ses compagnes. Son oncle qui lui écrivait quelques temps avant son entrée en l’encourageant, a changé de ton, lorsqu’il lui adresse quelque mots : « Que fait notre chère religieuse, elle ne m’écrit point, je suis à deviner la cause ; je juge qu’elle est aristocrate comme toute la secte monacale. Qu’elle pense comme nous, elle aura bientôt oublié ce genre de vie vivre qui ne constitue ni l’homme ni la femme. On est bien mieux auprès de ses parents que vis-à-vis d’une foule de bigotes aussi despotes que politiques et que je n’ay jamais aimé en général. ». 


Malgré l’hostilité de la Révolution, les conditions de vie précaires, la réprobation de sa famille, elle demeure fidèle au don qu’elle a fait d’elle-même à Dieu, comme une réponse à son Amour. Arrêtée et conduite en prison le 2 mai, elle est jugée, condamnée et exécutée le 16 juillet 1794 avec 6 autres religieuses.

23- La bienheureuse soeur Saint-Joachim BEGUIN ROYAL

La bienheureuse sœur Saint-Joachim est née Marie-Anne BEGUIN ROYAL le 20 octobre 1732 à Vals Sainte Marie, près de Bouvante, dans le Dauphiné.

En 1759, elle entre comme postulante au monastère du Saint-Sacrement de Bollène, où elle fera sa profession religieuse comme sœur converse en 1761. Dans cette communauté, elle accueillit sans doute avec joie trois de ses nièces : Marie Cluze (Bse sœur du Bon-Ange), Madeleine Cluze et Louise Béguin. Ces dernières échappèrent à l’échafaud.

A la fermeture du couvent, elle suivit ses sœurs et poursuivit sa vie consacrée en clandestinité. Sous la direction de la Révérende Mère de la Fare, une quarantaine de religieuses réparties en quelques maisons voulaient continuer à vivre leur vie consacrée, dans des conditions bien précaires. Une sœur du Saint-Sacrement écrit : « Le Seigneur qui les destinait presque toutes à la gloire du martyre les préparait depuis longtemps à cette grâce par les sacrifices qu’il leur imposait journellement, elles continuèrent cette vie pénible l’espace de dix huit mois, ne sachant pas quelle en serait la fin »

Arrêtée, elle fut conduite à la prison de la Cure, et persista fidèlement dans son refus de prêter le serment qu’exigeait les révolutionnaires.
Elle fut exécutée le 16 juillet 1794.

​24- La bienheureuse soeur Saint-Michel DOUX

La bienheureuse sœur Saint-Michel est née Marie-Anne DOUX le 8 avril 1739 à Bollène, baptisée le même jour. Elle était l’aînée d’une fratrie de 8 enfants.

Elle entra comme sœur converse au couvent des Ursulines de Bollène en 1761 à l’âge de 22 ans.

A la fermeture du couvent elle refusa de rejoindre sa famille et voulut rester avec la Mère Saint-Gervais de Roquard, sa supérieure pour « vivre sous sa direction dans la prière, le travail et les privations ».
Lorsqu’elle fut traduite en jugement, l’accusateur public Viot déclara : « Marie-Anne Doux, âgée d’environ 52 ans, née et résidente à Bollène, sœur converse insermentée du ci-devant ordre de Sainte-Ursule au ci devant couvent de Bollène, ayant publiquement déclaré à l’audience de ce jour qu’elle méconnaissait l’autorité légitime du peuple et manifesté des regrets sur la mort du tyran Capet et le retour de l’ancien régime, pour motif de refus à prêter serment », passant ainsi du motif religieux au motif politique pour urger la condamnation.

Elle fut exécutée le 16 juillet 1794.

​25- la bienheureuse soeur Saint-André LAYE

La bienheureuse sœur Saint-André est née Marie-Rose LAYE le 26 septembre 1728 à Bollène, baptisée le même jour. Elle était l’aînée d’une fratrie de 8 enfants.

Elle entra comme postulante converse au couvent des Ursulines de Bollène en 1753 à l’âge de 25 ans.

A la fermeture du couvent elle voulut aussi rester avec ses compagnes afin de poursuivre sa vie religieuse.

Les témoignages mettent en évidence la grande sensibilité de cette femme qui, à la veille de sa mort, pleine de tristesse déclara à ses compagnes « je crois que Dieu ne me juge pas digne du martyre ».
Toutefois, devant le tribunal, elle montra la même fermeté et persévéra dans la fidélité à sa consécration religieuse en refusant le serment qui était exigé : « non, je ne le prêterai pas. Ma conscience et la loi de mon Dieu me le défendent ». L’abbé Guillon témoigne : « sur l’atuel de son sacrifice elle montra plus de force qu’elle n’avait montré, la veille, d’abatement et de tristesse ».Pourrait-on mieux montrer que la « couronne du martyre » est plus une grâce reçue de Dieu, qu’un simple choix à vues humaines ?

Elle fut exécutée le 16 juillet 1794.

26- La bienheureuse soeur deu Coeur de Marie de JUSTAMOND

La bienheureuse sœur du Coeur de Marie est née Dorothée Madeleine Julie de JUSTAMOND le 27 mai 1743 à Bollène, baptisée le même jour.

Elle fit profession religieuse au couvent des Ursulines de Pernes-les-Fontaines, au sein d’une communauté assez nombreuse (28 religieuses).

A la fermeture du couvent, elle regagna sa ville natale, et peut de temps après se joignit à aux religieuses qui poursuivaient clandestinement leur vie consacrée. Il y retrouva sa tante, Marie Madeleine, ursuline de Pont-Saint-Esprit et ses deux sœurs Marguerite et Eléonore.

Après leur arrestation, comme elle aussi persista dans son refus de prêter serment, elle fut conduite à la prison d’Orange.
Mgr Reyne et le chanoine Bréhier notent dans leur ouvrage : « Elle se signala dans sa vie de prisonnière par une ferveur particulière et une régularité exemplaire dans les pratiques de piété adoptées par la communauté des religieuses captives » (p. 325). Il est touchant de constater combien ces religieuses, malgré les difficultés et les contraintes de la captivité, ont continué à prendre les moyens simples de soutenir leur fidélité, de nourrir leur espérance, d’affermir leur persévérance.

Dans sa biographie, le docteur Goubert note qu’au moment de sa condamnation elle se serait exclamée : « Qu’ils sont bons ceux qui viennent de nous condamner ». Bel acte de foi, qui au-delà de l’iniquité des hommes qui la condamnent, elle reconnaît et accueille la grâce du martyre.

Elle fut exécutée le 16 juillet 1794.

27- La bienheureuse Madeleine du Saint-Sacrement de JUSTAMOND

La bienheureuse Madeleine du Saint-Sacrement est née Madeleine Françoise de JUSTAMOND le 25 juillet 1754 à Bollène et fut baptisée le lendemain.

Elle est entrée au monastère de Sainte-Catherine des Cisterciennes d’Avignon en 1772 et fit profession religieuse le 24 octobre 1773.
Lorsque son monastère fut fermé, et pillé, elle rejoignit sa famille à Bollène et s’associa aux autres religieuses qui poursuivaient leur vie consacrée en secret. Elle sera arrêté le 2 mai et transférée à la prison d’Orange.

La bienheureuse Madeleine avait une grande dévotion à la Vierge Marie à laquelle elle demandait, dans sa prière, la grâce de mourir un jour qui lui était consacré. Sa prière fut exaucée, puisqu’elle fut exécutée le 16 juillet, jour de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel.
Reconnaissante pour une telle grâce, au moment de sa condamnation, elle s’écria : « Oh ! Quel bonheur ! Je suis bientôt au ciel, je ne puis soutenir les sentiments de ma joie ». L’un des gardes, même, selon les plus anciennes relations, fut attendri par sa joie.

En allant à l’échafaud, alors qu’un paysan qui les voyait passer s’inclina respectueusement et demanda de pouvoir toucher leur vêtement, avec les autres religieuses elle s’écria : « Ah ! Plutôt, priez Dieu pour nous. Dans moins d’un quart d’heure tous les siècles auraotn passé à notre égard, le temps sera fini et nous serons dans l’éternité. Priez pour nous, priez ce Dieu qui va nous juger dans un moment, ce Dieu qui trouva des taches dans ses Anges ».

Les témoins racontent qu’elles montèrent à l’échafaud en chantant les litanies de la Sainte Vierge. Elles furent exécutées le 16 juillet 1794.

28- la bienheureuse Catherine de Jésus de JUSTAMOND

La bienheureuse Catherine de Jésus est née Marie-Madeleine de JUSTAMOND le 6 septembre 1724 à Bollène. Elle fut baptisée le 13 septembre. C’est la cinquième de neuf enfants.

Elle est devenu religieuse au couvent des Ursulines de Pont-Saint-Esprit, où elle demeura jusqu’à la fermeture, et s’adjoignit alors aux autres religieuses de sa ville natale. Elle fut arrêté le 2 mai 1794. Elle était alors âgée de 70 ans et avant elle, 27 de ses compagnes étaient déjà allées à l’échafaud ! Elle savait ce qui l’attendait, mais fermement, elle refusa de prêter le serment.

«  Encore une martyre du nom privilégié de Justamond ! Dit l’abbé Caron, « Quelle admirable miséricorde en faveur de cette heureuse famille ! Une tante avec ses trois nièces, filles de son frère immolées sur le même autel, ont été réunies par leur mort glorieuse dans la famille céleste où il n’y a plus qu’une paix inaltérable et un bonheur éternel ! ».
Elle fut exécutée le 26 juillet 1794.

29- La bienheureuse soeur Saint-Basile CARTIER

La bienheureuse sœur Saint-Basile est née Anne CARTIER le 19 novembre 1733 à Livron et baptisée le même jour.

Elle entre au couvent des Ursulines de Pont-Saint-Esprit. A la fermeture, elle aussi s’associa aux religieuses qui poursuivaient clandestinement leur vie consacrée.

La chronique des ursulines mentionne : « aussi intrépides qu’elles, elle refusa le serment schismatique et fut envoyée à la guillotine qu’elle accepta avec action de grâce. Elle était âgée de 60 ans et 8 mois ».
Elle aussi fut exécutée le 26 juillet 1794.

30- La bienheureuse Marie de SAint-Augustin du Saint-Sacrement BONNET

La bienheureuse Marie de Saint-Augustin du Saint-Sacrement est née Marie-Marguerite BONNET le 18 juin 1719 à Sérignan. C’est la doyenne d’âge des 32 bienheureuses martyres. Elle fut baptisé le jour même.

Elle est entrée au monastère du Saint-Sacrement de Bollène et fit profession le 29 mai 1752. Elle fut maîtresse de novices, ce qui est une charge délicate que l’on ne confie, selon les constitutions de la communauté, qu’à une « personne prudent, judicieuse, zélée, régulière et qui soit en état de suivre en toutes choses la communauté... elle doit avoir beaucoup de tendresse et d’affection pour (les novices), se considérer comme leur mère, les animer à la ferveur avec amour, écouter avec charité leurs communications, les consoler dans leurs peines, les soutenir dans leurs faiblesses... ».

Elle refusa avec persévérance de prêter le serment qu’on exigeait d’elle, et elle poursuivit elle aussi sa vie consacrée clandestinement.
Lors de l’arrestation des religieuses, étant malade, elle ne fut pas conduite à Orange, mais ce ne fut qu’un sursis. Toutes les religieuses malades étaient arrêtées le 10 juillet. Mgr Reyne et le chanoine Bréhier écrivent : « son âge n’avait pas affaibli sa volonté, ni la maladie sa résolution de ne pas prêter le serment ». Après seulement 10 jours de prison, elle fut condamnée comme ses sœurs, étant « fanatiques outrées, (qui ont) sans cesse employé des moyens de pervertir l’esprit public ». Elle fut exécutée le 26 juillet 1794.

31- La bienheureuse Claire de Sainte-Rosalie du BAC

La bienheureuse Claire de Sainte-Rosalie est née Marie-Claire du BAC le 9 janvier 1727 à Laudun (actuel département du Gard) et fut baptisée le même jour.

Elle entre au couvent des Ursulines de Bollène où sa famille était venue s’établir quelques mois après sa naissance. Elle y fit profession le 12 février 1746 à l’âge de 19 ans.

Lors de son procès, selon la relation de Rome, Fauvety l’interrogea : « Qui es-tu ? ». Elle répondit : « Je suis religieuse et le serai jusqu’à la mort » et aurait ajouté : « religieuse de cœur et d’âme ». Et lorsque le président du tribunal lui demanda si elle voulait prêter serment, elle répondit : « Non, ma conscience me le défend ». Elle fut aussi exécutée le 26 juillet 1794.

32- La bienheureuse soeur du Coeur de Jésus CONSOLIN

La bienheureuse sœur du Coeur de Jésus est née Elisabeth Thérèse CONSOLIN le 6 juin 1736 à Courthezon et fut baptisée le même jour.

Elle est au couvent des ursulines de Sisteron. Pourquoi aller si loin, alors que de nombreuses communautés du même ordre existaient à proximité de Courthezon ? Il semblerait qu’un jeune homme d’une famille voisine se soit épris de la jeune Elisabeth, laquelle n’était pas insensible à ses avances. Mais la famille ne voulait pas de cette union, sans que l’on sache pourquoi. Ils décidèrent donc d’éloigner leur fille et la confièrent aux ursulines de Sisteron. Le jeune homme qui ignorait où elle était, finit par l’apprendre et décida d’aller la voir. Il put obtenir, grâce à une ruse, de pénétrer dans le couvent. Lorsque Mlle Consolin le vit, et sans même lui laisser le temps de parler : « senso ié rèn dire, ié viré l’escino », raconte un témoin qui en avait gardé la mémoire. Il rentra alors à Courthezon, et quelques temps après, ayant renoncé à cet amour, fit un nouveau projet de mariage. Ce qu’apprenant, la famille Consolin changea d’avis et voulut finalement que leur fille se mariât avec lui, mais celle-ci aurait répondu : « vous m’avez mise ici par la force, j’y resterai pour l’amour du bon Dieu ».

Lorsque le couvent de Sisteron fut fermé par les révolutionnaires, elle en était devenue supérieure. La communauté comptait alors 13 religieuses et 2 converses. Elle écrivit à cette époque une lettre à son évêque, exprimant l’état d’esprit de la communauté : « nous sommes entre la crainte et l’espérance ». Elles quittent le couvent, après de nombreuses vexations, le 27 septembre 1792. Retirée dans sa famille, à Courthezon, elle ne tarda pas à être inquiétée par les révolutionnaires pour n’avoir pas prêter le serment et fut arrêtée le 25 mars 1794 et écrouée à Orange, d’abord à la prison du Cirque, puis à celle de la Cure, le 28 mars. Si elle fut la première à être emprisonnée, elle fut la dernière à en sortir pour être jugée. Son dossier l’accuse de « s’être montrée la fanatique la plus obstinée en refusant de prêter le serment exigé par la loy, aux mépris des diverses sollications à elles faites à cet effet par la municpalité dans l’esproir du rtour de l’ancien régime ».

Devant les juges, elle montra toujours avec constance, la même résolution : « - Qui es-tu ? - Je suis fille de l’Eglise. - Veux-tu prêter serment ? - jamais ! Ma municipalité me l’a demandé, je l’ai refusé parce que ma conscience me le défent. - La loi te l’ordonne. - La loi humaine ne peut me commander des choses opposées à la loi divine. »
Il n’en fallait pas plus ! Elle fut condamnée et les cinq religieuses furent exécutée, chantant des cantiques d’action de grâce en montant à l’échafaud, le 26 juillet 1794. Quelques jours après la mort de Robespierre, le 31 juillet, la commission populaire d’Orange fut suspendue.

Avec la bienheureuse sœur du Coeur de Jésus prend fin l’évocation des figures des bienheureuses religieuses martyres d’Orange que nous avons faite pendant plusieurs semaines.

Pour nous aider dans la prière, on pourra trouver une litanie des bienheureuses martyres, pour la récitation privée.


abbé Bruno Gerthoux

curé de Robion et des Taillades




à suivre...