Monseigneur André Reyne

25 juin 2017

Cette semaine s’est éteint Monseigneur André Reyne, doyen du chapitre des chanoines de la Basilique Métropolitaine de Notre-Dame-des-Doms, à l’âge de 96 ans. Il est né à Vedène le 26 juillet 1921, il a été ordonné prêtre le 13 mai 1945. J’ai eu la grâce de le voir une dernière fois, la veille de son décès, de prier avec lui, de lui donner la sainte-communion, et de lui donner l’absolution in articulo mortis, de lui dire encore quelques mots, mon affection, ma reconnaissance, en provençal.

C’est plus qu’un frère dans le sacerdoce que je perds, c’est un père dans la foi, et comme je l’ai entendu dire de sa bouche « mon grand-père spirituel ». En prenant le temps de prier auprès de lui, je prenais la mesure de ce que je lui dois. Il ne m’a jamais donné de leçon, il ne m’a jamais donné de cours, et pourtant, auprès de lui, j’ai appris beaucoup.

La première fois que je l’ai rencontré, c’était au monastère du Saint-Sacrement, à Bollène, dans la lumière du témoignage des bienheureuses religieuses martyres d’Orange. Ce prêtre, par son attachement au témoignage des saints de notre diocèse (les bienheureuses martyres d’Orange, saint Eutrope, saint Siffrein...), m’a appris a aimer la sainteté, et à la comprendre comme un don de Dieu : une sainteté à visage humain et rayonnante de la grâce de Dieu. Il m’a appris à comprendre combien les saints sont moins des exemples à imiter que des amis dans notre vie de foi, aptes à nous aider, à nous soutenir, à nous encourager, pour nous mettre à la suite du Christ.

Lorsque j’étais séminariste, j’allais souvent à la Métropole de Notre-Dame-des-Doms pour assurer l’accueil et les visites. Le matin, j’arrivai pour la messe que je lui servais. Puis nous prenions le petit-déjeuner. J’accomplissais mon service jusqu’au déjeuner aux saveurs provençales qu’il préparait avec simplicité et enthousiasme. Les conversations de tables étaient émaillées d’anecdotes de la vie et de l’histoire du diocèse, des hommes et des femmes qui ont fait cette histoire. Il m’a appris à aimer ce diocèse et son histoire, et à prendre ma place dans cette histoire, avec réalisme et modestie. J’ai découvert à travers lui, nourri de la spiritualité de saint François de Sales, ce qu’est la bienveillance, la bonté et la tendresse du prêtre.

Auprès de lui dans la célébration de la liturgie, j’ai appris à aimer et à vivre avec simplicité et exigence la prière de l’Eglise, dans toute sa richesse d’hier et d’aujourd’hui. J’ai été saisi et séduit par sa constance et sa fidélité dans la prière et célébration de la liturgie, et le soin apporté à sa beauté, non seulement par le chant - en particulier le chant grégorien - mais aussi par les ornements, les vases sacrés, les fleurs, le service d’autel..... A la suite de Saint Benoît, la liturgie faisait partie de sa vie de prière, elle n’était pas seulement une activé accessoire de sa vie de prêtre, mais le cœur de sa vie de prêtre, et de sa vie de prière, la source et le sommet de son ministère.

Lorsque nous nous écrivions, c’était en provençal, comme une langue du cœur, une langue vivante et populaire, loin des artifices. Sa dernière lettre, je la connais presque par cœur, tant ses mots m’ont touché. Je me souviens avec délices des petites histoires qu’il racontait, passant du français au provençal, lorsque le français se montrait incapable d’exprimer avec justesse et humanité, la réalité des situations !

Lorsque j’ai été ordonné prêtre, il m’a offert deux choses : un calice et un tablier ! Je suis attaché aussi bien à l’un qu’à l’autre ! Plus que le calice, d’ailleurs, c’est sa manière même d’aimer et de vivre la liturgie qu’il m’a transmis. C’est à lui que j’ai pensé lorsque j’ai célébré ma première messe, c’est à lui que je pense souvent, en célébrant les saints mystères. Quant au tablier, c’est celui qu’il portait pour me préparer le repas. A la fin du repas, il quittait son tablier, et me le remettait en me disant « accipe gremialem ad tergendam vasum », m’indiquant ainsi que c’était à moi de faire la vaisselle ! Je l’ai aimé ce rituel, simple et fraternel.

Je vous partage ma peine de perdre cet homme, ce prêtre, ce frère, ce père et grand-père, non seulement pour moi, mais pour le diocèse. Mais je veux aussi vous partager ma joie d’avoir été témoin et bénéficiaire de ce qu’il est, et de la grâce qu’il a servi.

Abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades