Libéré, délivré... je m’en vais

4 novembre 2017

Ils sont nombreux les épisodes des Evangiles qui font le récit de guérisons. Dans celui de la guérison d’un malade atteint d’hydropisie, dans l’Evangile de Saint-Luc (14, 1-6), une phrase a retenu mon attention : « tenant alors le malade, Jésus le guérit et le laissa aller ».

Cette guérison survient dans un contexte particulier de confrontation avec les pharisiens et les docteurs de la loi, où le Seigneur Jésus veut mettre en évidence leurs incohérences entre ce qu’ils affirment de leur bouche, et ce qu’ils font, entre ce qu’ils prétendent imposer comme règle, et ce qu’imposent la justice, le bon sens et la charité, comme si la loi de Dieu s’y opposait.

Le Seigneur Jésus tient le malade. Ce qui vient en premier à l’esprit, c’est de voir ce geste simple que l’on peut faire lorsqu’on est proche d’un malade, un geste d’affection, de soutien, d’amitié. Le Seigneur Jésus tient ce malade atteint d’hydropisie (oedèmes généralisés, c’est-à-dire insuffisance cardiaque congestive). Si la maladie touche et affecte le corps, ce geste physique, sensible de notre Seigneur, est un premier signe d’apaisement. Le malade n’est plus seul face à son mal. Le Seigneur Jésus est là, avec lui, auprès de lui. Ce geste de compassion peut paraître tellement dérisoire ! En effet, ce geste peut-il guérir ? Certes non, mais par ce geste, il tient le malade debout et fort, combatif face au mal. Ce geste de tendresse et de compassion, est de ce fait aussi, un geste de force et courage. De fait, la première victoire, dans la maladie, ce n’est pas la guérison de cette dernière, mais le relèvement du malade qui décide de ne pas se laisser abattre par son mal.

Jésus le guérit. En effet, la guérison ne peut survenir qu’alors, avec le consentement, le concours, la collaboration du malade. La guérison n’est ni thérapeutique ni magique, elle est miraculeuse. Thérapeutique, il suffirait d’utiliser des médicaments. Magique, il suffirait l’art d’un magicien, sans considération ni pour la maladie, ni pour le malade. Miraculeuse, la guérison appelle la consentement du malade à la grâce qui s’est présentée sensiblement à lui, par ce geste du Seigneur Jésus.
Il le laissa aller. Au-delà de la seule guérison physique de son mal - qui n’est pas à négliger -, il se réalise comme une libération en faveur du malade, certes, mais aussi comme un enseignement pour les pharisiens et les docteurs de la loi. Ces derniers demeurent prisonniers de leurs certitudes, de leurs jugements, paralysés par ceux-ci. Seront-ils seulement capables de voir l’évidence : la guérison du malade ? Ce n’est même pas sûr. Cet homme n’est plus seul, le Seigneur Jésus est avec lui, il est guéri de son mal. Par cette présence et sa guérison, il est relevé, guéri, libéré.

Tenant alors le malade, Jésus le guérit et le laissa aller. Ce passage de l’Evangile exprime de belle manière ce qui se réalise dans le sacrement des malades. Par l’imposition des mains et l’onction d’huile des malades, c’est le Seigneur Jésus qui, en vérité dans l’Esprit-Saint, pose sa main sur la malade pour le tenir. Ce faisant, par ce geste, le Seigneur Jésus peut nous guérir de notre mal et ainsi nous laisser aller, libres de tout mal.


Recevoir le sacrement des malades, c’est accueillir le Seigneur Jésus auprès de nous, le laisser nous tenir, et lui permettre de réaliser notre guérison pour nous laisser aller.

 

Abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades