Bien faire ou faire beaucoup

2 juillet 2017

S’agit-il vraiment d’un choix ? Est-ce une véritable alternative ? L’un et l’autre, ne sont-il pas complémentaires ? Il me semble que nous avons le choix de bien faire en tout ce que nous entreprenons.

Cependant, nous risquons toujours de nous laisser entraîner, malgré nous, sans véritable choix, dans la multiplication des choses à faire. Bien faire les choses n’empêche pas d’en faire beaucoup, au contraire ; toutefois, vouloir faire beaucoup de choses, risque de interdire de les bien faire.

Je relevai ces deux expressions chez un auteur qui traitait de l’art roman, soulignant qu’il était difficile à nos esprits actuels, d’entrer et de comprendre la logique de l’homme de la période romane, précisément, parce qu’il est difficile à des esprits accoutumés à faire beaucoup, de comprendre et d’entrer dans la logique d’un esprit qui cherche et veut bien faire.

Celui qui choisit de bien faire a besoin de temps. Ce temps est nécessaire pour entrer dans le silence, un silence d’écoute de l’intelligence par la réflexion et la méditation, un temps d’écoute du cœur par la prière et la contemplation. Il ne s’agit pas d’un silence vide et passif, mais d’un silence riche et actif. Si l’on devait trouver une image pour illustrer ce temps, c’est celle d’une plante dont la graine est semée presque par hasard et discrètement, qui est enfouie et semble dormir, sinon morte, jusqu’au moment opportun où plongeant ses racines, elle laissera germer, pousser, grandir et s’affermir la plante, délicatement, silencieusement, presque insensiblement, jusqu’à la floraison et à la fructification.

Le monde actuel court après le temps, qui n’est pas un allié mais un concurrent, voire un ennemi. Il faut faire beaucoup, et vite, parce que le temps passe et que le temps, c’est de l’argent. Le silence a rarement de place ; il est combattu, redouté, parce qu’alors il signifie cessation des activités et isolement. C’est un silence muet, sourd et vide. Le monde actuel enchaîne les activités, fait beaucoup, pour finalement être enchaîné par cet activisme stérile. Il ne permet pas de bien faire, parce que le temps pour faire semble du temps perdu, parce que le silence n’a pas sa place. Il nous donne une illusion de puissance, de maîtrise, alors qu’il nous asservit.

Avec la période estivale, cependant, une opportunité nous est donnée, parce que précisément, il y a une rupture des rythmes habituels, nous sommes libérés de certaines contraintes, déliés de nos chaînes. C’est le moment opportun pour bien faire, parce que nous avons non seulement plus de temps, mais aussi plus de disponibilité et notamment de disponibilité intérieure. Ce temps opportun pour la réflexion, la médiation, la prière n’est pas un temps perdu, il est d’abord un temps pour nous, pour nous refaire intérieurement, pour reprendre des forces.
Je nous souhaite et nous encourage à entrer dans ce temps du bien faire, parce qu’il nous ouvrira à la possibilité de faire beaucoup et bien.

Abbé Bruno Gerthoux, curé de Robion et des Taillades